Citoyenneté, Médias

La production de l’information

Une des caractéristiques universelles de l’Homme est bien la curiosité, portée par l’intérêt que suscite chez lui l’envie de comprendre le monde qui l’entoure.  Ainsi s’explique le rôle essentiel des médias, qui est celui de permettre de « nous tenir au courant » et dans le meilleur des cas, de nous éclairer et de nous ouvrir à la compréhension des enjeux et problématiques en cours. A l’âge de la mondialisation et de l’interconnexion permanente, la production de l’information et sa réception s’en trouvent modifiées. La qualité de l’information varie selon la source de celle-ci, le respect d’une déontologie propre à la profession de journaliste, et le champ médiatique en général.

L’information a toujours été prise entre deux injonctions, d’un côté, de « sérieux » ou de « fiabilité », et de « divertissement » de l’autre. Les tensions entre journalisme et commercialisme sont de plus-en-plus grandissantes. C’est le dualisme entre la volonté de transmettre l’information et d’éclairer un public, et la volonté de faire de l’audience, en ayant recours au sensationnalisme, au détriment de l’information fondée.

D’où vient l’Information ?

  • Le métier de journaliste, un métier pluriel :

Le journalisme classique était marqué par la prédominance du journalisme de presse écrite, et dont les méthodes servent aujourd’hui d’exemple pour les autres formes médiatiques. Cela consiste à recueillir l’information sur un événement en étant au plus près du fait. Les journalistes se doivent de faire le rapport de l’information, que cela soit au niveau local, national, voire international. Les reporters doivent rendre compte  de l’information telle qu’elle s’est produite, sans enjoliver la situation. D’où la spécificité du récit journalistique. Parfois le journaliste ne rédige pas, mais ne fait que transmettre l’information recueillie sur le terrain pour que celle-ci soit diffusée le plus rapidement possible, et à distance. C’est donc un métier qui nécessite une collaboration permanente entre plusieurs acteurs, qui ont chacun un rôle dans le processus de production de l’information. Le journalisme radio et télévisuel, obéit parfois à la loi du « direct », où le journaliste peut être sur le terrain, et rapporter l’information, en cours, en train de se passer. Parfois les journalistes interprètent l’information, et on dit qu’ils font un travail de « production d’opinion », en analysant des situations pour offrir une analyse aux lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs: Dans ce cas, ce sont des commentateurs ou des chroniqueurs.

Le reporter peut prendre des notes (ce qui se fait de moins en moins, grâce aux avancées technologiques), mais il peut également prendre des photos et des vidéos pour « immortaliser » l’événement et ainsi donner une preuve de véracité et rapprocher le public de l’événement. Rares sont les journalistes sur le terrain qui font un travail en étant seul. On voit de plus-en-plus le développement d’équipes entières pour couvrir un seul événement (généralement composées d’un reporter/journaliste, d’un caméraman, et d’un spécialiste du son).

La seconde phase, est celle d’organiser le matériel recueilli sur le terrain (quand ce n’est pas du direct), afin de hiérarchiser l’information collectée et opérer un choix sur ce qui doit être renforcé et ce qui doit être abandonné. Le Bureau, ou le comité éditorial entre en jeu. Ce n’est qu’à de rares occasions que la Une est décidée par le rapporteur de l’info. C’est le bureau éditorial, gardien de la ligne éditoriale, qui joue un rôle de « garde-fou ». Le travail du comité éditorial consiste à unifier le style d’écriture, choisir les sujets à présenter. Le Rédacteur en chef doit approuver le « draft[1] » final. C’est cette autorisation qui détermine l’impression, ou la diffusion (télévisuelle, radiophonique) de l’information. Les journaux/magazines peuvent apparaitre à intervalles différents (quotidien, hebdomadaire, mensuel…), ce qui conditionne la sélection du type d’information à diffuser. Il est également à noter que les magazines (le plus souvent hebdomadaire ou mensuel)  traitent les sujets plus en profondeur, en essayant de donner le contexte général et les enjeux et aboutissements d’un fait ou d’un événement donné.

La question qui se pose de plus-en-plus est celle de la provenance de l’information, qui est une manière de remettre en cause  la supposée neutralité ou exactitude de toute information réceptionnée.

Les journalistes, comme n’importe quel autre humain est pétri de préjugés. La neutralité de la presse est une chose enviable, et une obligation du code déontologique de la profession. Quand le journaliste reporte un fait, il peut aussi faire état de ses préjugés, entendus ici comme parti pris (socialisation, engagement…). La question des partis pris, nous amène à nous demander d’où provient l’information qui nous est délivrée ? Qu’est-ce qui permet de faire d’un événement, se passant dans une contrée lointaine, une « information » ?

  • Les attaché-e-s de presse : Leur rôle essentiel, comme pourvoyeurs d’informations.

 Nous observons un recul de l’information obtenue sur le terrain. Les journalistes, et spécifiquement les journalistes couvrant des événements à caractère politique, peuvent par manque de temps ne pas aller à l’événement en cours, ou y aller, mais ne pas fournir une information personnelle, rédigée avec leur style propre. C’est ici que rentre en scène la figure de l’attaché-e de presse. La plupart des journalistes sont invités à assister à des événements, ces derniers reçoivent avant chaque tenue, un dossier de presse, explicitant le contenu à l’avance de la conférence, réunion etc. Ces dossiers donnent évidemment une image favorable du personnage, entreprise, événement… qu’ils (re)présentent. Les médias sont un outil essentiel dans notre monde contemporain. Cela donne un large accès à l’espace public. Le gouvernement et les personnalités politiques sont au courant du poids des médias, et en usent pour délivrer des informations à l’endroit des citoyens, ou pour essayer de gagner des voix dans une compétition électorale ou autre. Les SIG (Service d’information et du Gouvernement) a ce rôle en France. Ils envoient régulièrement des dossiers de presse aux grands journaux, et chaînes télés, pour que ces derniers puissent relier l’information. Les attaché-e-s  de presse, sont aux commandes dans la définition de « l’image » à donner, et du ton général du dossier, pour s’assurer que leur vision soit claire sur un sujet donné. Il est surprenant d’apprendre que la plupart des articles que nous lisons, les informations du journal télévisé, ou transmises par la radio, ne sont ni plus ni moins que des comptes rendus des dossiers ou des communiqués de presse, reportés en tant que tels ou avec un effort de réécriture. Ceci est plus évident dans les directs des chaînes d’information, où le correspondant peut ne faire que répéter ou paraphraser le contenu qui lui a été fourni (comme à ces collègues) par le service de communication du candidat, par exemple.

  • Les agences de presse : Une information à la demande

Avant internet, la seconde plus grande source d’information était les dépêches qui étaient fournies par les agences de presse. La première agence de presse fondée fut l’Agence Havas, ancêtre de l’Agence France Presse, en 1835. Mais la première agence fournissant un service de dépêches à une large échelle fut le NYAP (New-York Associated Press), créée en 1846, pour faciliter la transmission de l’information durant la Guerre américano-mexicaine. Aujourd’hui dans le monde c’est Associated Press et ses rivales comme Reuters, qui continuent à collecter les informations et les redistribuer à leurs membres, qui sont constitués de grands médias (presse écrite, presse en ligne, presse audio-visuelle). Moyennant un montant, qui peut être conséquent, le média a un abonnement lui permettant ainsi d’avoir accès aux dépêches. Ces dépêches sont envoyées par des correspondants (journalistes) du monde entier, ou ces agences ont leurs bureaux dans les grandes villes, ou des reporters envoyés spécialement dans les zones sensibles pour couvrir l’événement. Si les grands médias ont recours aux agences de presse (surtout pour donner l’actualité mondiale), les petits médias locaux, eux, ont encore un fonctionnement classique, où le journaliste va sur le terrain, et travaille en relative indépendance à la collecte, vérification et publication de son article. De manière générale, les dépêches fournies par les agences de presse sont la source première d’information pour tous les événements, exceptés les événements à l’échelle locale (ex : petites communes), sauf quand il s’agit d’événements locaux pouvant intéresser une large audience nationale ou internationale. Les services de ces agences de presse ont changé, avec les progrès technologiques. Le journaliste n’a plus besoin que d’un abonnement pour avoir accès à un flux d’informations en direct et en ligne, qu’il se charge de retranscrire, ou simplement relayer. La collecte de l’information et sa publication n’ont pas changé.

  • L’information non professionnelle ou l’information « bouche à oreille »

 L’information peut aussi provenir de personnes qui ne font pas partie du monde des médias. Il arrive parfois que l’information relayée soit « une rumeur ». Le rôle du journaliste est de vérifier la véracité de celle-ci, ou tout simplement la publier tel quelle, en pariant que celle-ci soit exacte, et en précisant qu’elle n’est évidemment pas confirmée. Parfois ce sont des appels, pour relayer une information qui peut se vérifier (ex : meurtre, accident…), ou une personne, qui a des documents qui peuvent présenter un intérêt de la part de la presse (ex : corruption, scandale sanitaire…). Les journalistes font très attention à ce genre d’information, fondée sur des rumeurs. Devant le flux d’informations que nous connaissons aujourd’hui, les informations « originales » et percutantes se font de plus-en-plus rares. Parfois, ce sont des personnalités qui appliquent le fameux adage ‘’il n y a pas de mauvaise publicité », pour pointer les projecteurs sur leur personne. Le cas du « bouche à oreille » le plus réussi fut celui du scandale du Watergate en 1974, où deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, ont été orientés vers la possibilité d’une affaire d’écoutes illégales, ayant ainsi obligé le président Nixon à démissionner. Ceci est évidemment à différencier des « fuites » qui, elles, émanent souvent de sources sûres, et qui contrairement au bouche à oreille sont personnalisées. Les lanceurs d’alertes, eux, risquent d’être poursuivis pour avoir délivré des informations à la presse, alors que les tipsters [2]sont presque toujours anonymes. Quand les méfaits reportés sont en cours, le journaliste se trouve face à un dilemme, celui de publier l’information ou d’en informer les autorités compétentes pour que le méfait soit maitrisé, ce qui risque de lui faire perdre un « scoop » ou d’être dissuadé par les autorités de ne rien dévoiler pour ne pas troubler une enquête par exemple.

  •  Internet : une révolution dans le monde de l’information.

 Dans le monde de l’information, il y a un Avant Internet et un Après internet. Avant internet l’accès à l’information était plus rare, et la possibilité de produire soi-même de l’information accessible à un grand public l’était d’autant plus. Les nouvelles technologies de l’information ou TIC[3], sont indispensables de nos jours. Ceci s’explique par la démocratisation que ce moyen permet. Le simple citoyen peut s’improviser journaliste et reporter un fait en train de se dérouler, avant même que les médias traditionnels ne soient au courant et qu’ils dépêchent quelqu’un de professionnel sur place. Des amateurs peuvent utiliser les moyens à leur disposition, comme par exemple des blogs, des sites collaboratifs, ce qui permet de se détacher des médias traditionnels et des formes contraintes par la professionnalisation du secteur médiatique. Le public se tourne de plus-en-plus vers les médias en ligne, pour s’informer, participer aux débats. Les personnalités publiques également utilisent internet comme médium, pour rester en contact avec les publics qu’ils visent, pour informer et rester « connecté ». C’est devenu un outil incontournable, et la défiance des citoyens envers les médias classiques, ne fait que donner une aura supplémentaire aux médias dits « alternatifs ».  La réaction était attendue de la part des moyens traditionnels d’information, qui peinent à se maintenir face aux possibilités qu’offre internet. Le média le plus impacté est la presse écrite. Ainsi des médias comme Le Monde ou The Guardian, s’adaptent et investissent dans des sites internet pour ne pas perdre du terrain face à leurs ventes en constante baisse. En ce qui concerne la collecte de l’information, internet est le meilleur exemple d’un changement du rapport au terrain, où l’information est originellement collectée. Ainsi, les journalistes ne sont plus sur le terrain, tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas être partout. Pour cela, internet leur permet de cibler des sites qui leur permettent de trouver de l’information à portée de main. Les plus honnêtes de ces journalistes reconnaissent avoir recours aux blogs et aux réseaux sociaux pour s’informer en instantané. Il y a également le recours à des personnes originaires de pays difficiles d’accès et qui ne sont pas forcément des professionnelles, mais qui se mettent au service des grandes médias en leur permettant de s’informer en avant-première, en étant sur place.. C’est un moyen utilisé par de grands médias tels que BBC, ou Al Jazzera. Internet est ainsi un moyen qui facilite la transmission de l’information, à distance, et à moindre coût. Et donne ainsi naissance à ce que certains ont appelé le « Journalisme en ligne », caractérisé par une collecte d’information participative, une sorte d’agora de l’Antiquité, mais en 2.0, où les publics traditionnellement récepteurs de l’information, en deviennent également producteurs.

Samia Meziane, Université Paris X-Nanterre

[1] Version.

[2] Informateurs

[3] Technique d’information et de communication

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