Paix et sécurité internationale

Le conflit en RD Congo, une plongée au cœur des ténèbres d’un conflit oublié

Sur les cendres du génocide rwandais naquit le conflit dans la région du Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Ce conflit n’a cessé de faire des victimes depuis les années 1990, aujourd’hui estimées à plus de 6 millions de morts, dans l’indifférence générale.

  • La région du Kivu : une région troublée

Le Kivu est une région à l’Est de la République Démocratique du Congo. Si la région a vécu des troubles depuis l’indépendance du pays en 1960, c’est seulement à partir des années 1990, que la région connait un des pires conflits que le monde a connu depuis la  Seconde Guerre Mondiale.  Ce conflit perdure, faisant des millions de morts et de mutilés sur son sillage. Avec une superficie de 120 000 km² et plus de 12 millions d’habitants, les régions du Nord et du Sud Kivu forment un immense territoire, qui est faiblement peuplé (rapporté à sa superficie). C’est également une région connue pour sa richesse en ressources minières et la fertilité  de ses terres. Le  conflit en cours, en plus d’être une menace de la vie de ceux qui vivent sur ce territoire, est également un frein au développement économique dans un pays qui est l’un des plus riches d’Afrique, mais où les habitants vivent avec moins d’un dollar par jour.

  • Un imbroglio : La présence de plusieurs parties.

Il est très difficile de comprendre le conflit dans la région du Kivu, tant les protagonistes sont nombreux. Il y a la présence de plusieurs parties, et la plupart sont originaires des pays environnants. On recense 9 pays africains : L’Angola, la Namibie, le Zimbabwe, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le Congo, le Soudan et le Tchad. Dans les années 1990, il y a eu un afflux massif de réfugiés rwandais, fuyant le génocide, mais aussi des génocidaires, voulant échapper à la justice. De ce contexte se sont formées plusieurs milices, trouvant écho avec la situation politique troublée de l’ex-Zaïre en plein décomposition. Une cinquantaine de milices armées y sont en activité. Certaines sont congolaises, mais la majorité est issue des pays voisins, comme le groupe rebelle ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), ou encore les Forces démocratiques de la libération du Rwanda (FDLR). Ce dernier groupe est composé de rebelles hutus, dont les membres sont estimés à 2000 combattants. Ces derniers ont participé au génocide contre l’autre groupe ethnique tutsi au Rwanda en 1994. Malgré les injonctions qui leur sont faites pour désarmer, ces maitres de guerre refusent, et continuent leur travail de déstabilisation de la région. Des experts  onusiens ont relevé  dans un rapport en mai dernier que certains officiers congolais seraient impliqués. Ce ne sont  donc pas seulement les groupes informels qui trouvent leur intérêt à faire perdurer ce conflit. Selon l’historien David Van Reybrouck, c’est l’absence de parties clairement délimitées, et la complexité des enjeux, qui sont la principale raison du désintérêt public de ce conflit.

  • Les enjeux du conflit :

On peut se demander ce que cherchent réellement ces groupes. Il est difficile de répondre à une telle question, tant les buts ne sont pas  clairement formulés. Mais il existe un enchevêtrement de causes. C’est dans un Etat Congolais failli, qui devait faire face à l’arrivée de nombreux rwandais, avec cette perméabilité des frontières héritées des découpages coloniaux, qui créent un terrain propice au développement de ce conflit.  Mais ce sont surtout la présence des richesses naturelles, et la militarisation de l’économie informelle (et formelle), qui semble l’enjeu de lutte évident du conflit. Les populations meurent majoritairement de maladies, et de famine. Les armes utilisées par les milices sont le viol et la terreur, pour détruire le tissu social et faire ainsi fuir les populations des régions riches en ressources. Un matériau en particulier semble être prisé, c’est le Coltan. En plus d’être dur à extraire (ce qui provoque la mort par épuisement de milliers), ce matériau, nécessaire à la fabrication des produits électroniques, justifie aux yeux des milices, parfois commanditées, les massacres. Les agriculteurs sont chassés pour que les milices puissent s’emparer du territoire (causant la famine), et une vraie économie souterraine prend place, avec pour arrière fond l’instrumentalisation des haines ethniques, fruits des divisions héritées de l’ère coloniale.

Samia Meziane (2017)

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