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Chrétiens – Musulmans : À quoi ressemblera l’avenir de la Jordanie ?

La Jordanie, contrairement à d’autres pays voisins, est assez fière de la paix et l’équilibre qui règne entre Musulmans et Chrétiens dans le pays. Toutefois, malgré la bonne coexistence des deux religions, la situation politique au Proche Orient semble avoir affecté la mentalité de certains Jordaniens. La montée de l’idéologie de Daesh (l’État Islamique) notamment, a attiré un certain nombre de personnes et conduit à des événements tragiques, ce qui n’est pas pour servir cette image d’harmonie entre les deux religions dont la Jordanie se félicite.

Montée de l’idéologie extrémiste en Jordanie

Socialement, l’idéologie extrémiste a récemment commencé à constituer une menace dans le pays. Cette idéologie  a pris de l’importance plus sensiblement à Ma’an, une ville à l’Ouest de la Jordanie. Certaines populations à Ma’an soutiennent ainsi « l’État-Islamique » et son idéologie. On a pu s’en rendre compte suite à un événement en 2014 par exemple, où un drapeau de « l’État Islamique » avait était planté à un rond-point. Des graffitis sur les murs marquaient également un soutien à « l’État-Islamique » et une opposition au gouvernement jordanien. Quelques événements violents ont également eu lieu à Ma’an, où la population a manifesté contre le gouvernement. D’une manière générale et simplifiée, ces militants veulent un gouvernement plus islamique. Cela ne signifie pas que des soldats de « l’État-Islamique » sont entrés en Jordanie, mais que son idéologie a, elle, traversé la frontière, et s’est développée en Jordanie, en particulier à Ma’an.

Le gouvernement jordanien est parfaitement conscient de l’émergence de cette problématique et tente de réagir pour essayer de protéger la Jordanie de ce type d’extrémisme et terrorisme, et veiller à la sécurité du pays. Les radicaux sont divisés et surveillés. En 2014, en seulement deux jours la Jordanie a trouvé et placé en détention 46 personnes soutenant « l’État Islamique ». L’agence de renseignement jordanienne surveille les réseaux sociaux et  fait arrêter les personnes en lien avec Da’esh.

Montée de l’extrémisme et la haine contre les Chrétiens

L’autre problème auquel la Jordanie fait face est la haine contre les Chrétiens, qui représentent 6% de la population jordanienne. Cette haine, qui est nouvelle en Jordanie, a poussé certaines personnes à passer aux actes cet été.

L’incident, qui s’est passé fin juillet 2016, était lié à la mort d’un adolescent chrétien, Shadi AbuJaber, qui jouait de la guitare et avait été candidat dans l’émission de télé « Jordan Star ». Chose étonnante, certains Musulmans ont commenté une photo de lui sur les réseaux sociaux, disant des choses comme « Ah la la, AbuJaber tu as manqué ta chance. Nous souhaitions te voir parmi nous [musulmans] mais je suppose que tu as juste trouvé la guitare ». D’autres personnes ont condamné les personnes musulmanes qui exprimaient leurs condoléances pour la mort du jeune homme, prétendant que les Musulmans ne pouvaient pas présenter leurs condoléances pour la mort d’un Chrétien. Malgré tout, beaucoup de Chrétiens et Musulmans ont répondu à ces commentaires, et ont dénoncé les revendications des extrémistes.

Conclusion

La menace n’est pas tant une menace de trouble entre Chrétiens et Musulmans, mais plus entre tous les citoyens face à la montée de l’extrémisme, avec quelques personnes  s’opposant à cette tolérance religieuse qui caractérise la société jordanienne. Les Jordaniens doivent, comme ils l’ont toujours fait, lutter contre toutes les haines et la discrimination religieuse. Il est bien sûr toujours difficile de maintenir une certaine paix sociale au milieu de telles crises et la montée des tensions et discriminations. Mais c’est un effort nécessaire à accomplir, si nous voulons protéger nos valeurs en Jordanie, et notre pays. La peur peut rendre irrationnel, et pousser à blâmer tous les Musulmans pour les mots et actions de ceux qui représentent une minorité. Mais il est important de garder à l’esprit qu’il y a plus de musulmans contre les extrémistes qu’avec eux.

Le gouvernement de Jordanie tente de réagir au mieux à la situation. Mais ce n’est pas assez. Les citoyens jouent un rôle très important et doivent agir aussi pour la sécurité et le maintien des valeurs du pays. La diversité de culte n’a jamais posé de problème en Jordanie. Pour s’en rendre compte, il suffit d’interroger les personnes plus âgées, qui confirmeront que ce phénomène a commencé avec la prolifération des idéologies véhiculées par « l’État Islamique ». J’ai demandé à une personne âgée de 56 ans, si ces tensions et haines envers les Chrétiens étaient déjà un problème il y a 10 ans. Elle m’a répondu : « Ma chérie tout ce qui se passe là est nouveau. Ce qui se passe maintenant est lié à l’État Islamique. » Malgré ces événements, l’harmonie entre les deux religions existe toujours en Jordanie, et les extrémistes représentent juste une minorité. Des Musulmans qui ont assisté à l’enterrement de Shadi AbuJaber, ont été chaleureusement accueillis par la famille de Shadi. D’autres se sont également prononcés contre tous les commentaires négatifs de certains Musulmans. Mais les médias, et les personnes en colère, oublient toujours cette partie de l’histoire.

Je ne peux pas parler au nom de tous les Jordaniens, mais je crois que la plupart font vraiment confiance à leur gouvernement et ne se sentent pas en danger. Selon moi, le gouvernement de Jordanie fait beaucoup pour assurer la sécurité des citoyens et lutte contre toutes les formes de terrorisme. Le problème est que ces événements créent des stigmatisations, et divisent les gens. De nombreux Chrétiens et Musulmans, en Jordanie et dans d’autres pays, commencent à croire que ce sont les vrais enseignements de l’islam. Ce qui est faux. Mais 89% des Jordaniens considèrent « l’État-Islamique » comme une organisation terroriste selon une enquête réalisée par l’« International Republican Institute », basée aux États-Unis.  Si les extrémistes sont vraiment une minorité, nous pouvons dès lors tuer leurs idéologies, en améliorant par exemple l’éducation. C’est notre seule chance, avant qu’ils deviennent plus nombreux.

Finalement, selon moi un problème majeur est que nous continuons de ne voir, de n’identifier, que ce qui est considéré comme mal, et oublions de regarder et distinguer aussi les bonnes choses. Pourquoi ne pas désigner la Reine de Jordanie Rania en tant que « musulmane » ? Une femme qui continue de s’engager pour les droits des femmes et l’éducation pour tous. Pourquoi les citoyens du monde et les médias oublient ce qualificatif quand il s’agit de Malala Yousafzai, une femme musulmane aussi ? Ou du Roi de Jordanie, Abdullah, qui tente de lutter contre la haine et la discrimination, et de véhiculer des messages de paix et de tolérance ? Ne méritent-ils pas le qualificatif « musulman » ? Nous devons à tout prix arrêter de juger tous les musulmans sur les actions d’une minorité. Les événements en Jordanie sont inquiétants et révèlent un nombre croissant d’extrémistes en Jordanie. Mais nous ne devons pas leur permettre de définir la société jordanienne. Nous, les Chrétiens et les Musulmans qui nous aimons et célébrons les fêtes religieuses ensemble, sommes les vrais visages de la tolérance religieuse en Jordanie. Et il nous appartient de garder la face.

Lilian Gharios, Université de Madaba (Jordanie)

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