Droits des Femmes, Droits Humains

Dossier : L’évolution des droits des femmes

Tout au long du XXème siècle, les femmes ont pris part à de longues batailles pour arracher des droits fondamentaux, qui leur étaient interdits au nom d’une supposée « infériorité ». Des suffragettes de la fin du XIXème siècle, aux féministes engagées des décennies 1960/ 1970, nous allons revenir sur plus d’un siècle de combat pour l’amélioration de la condition féminine, jusqu’à nos jours.

L’égalité sociale entre les hommes et les femmes n’a pas été un acquis. Il suffit de remonter le fil de l’histoire pour s’en rendre compte. Il y a 60 ans en France, les femmes n’avaient que très peu de marge de manœuvre pour être actrices de leur vie. Des actes triviaux aujourd’hui, comme travailler, voter, ouvrir un compte ou disposer de leurs salaires, leur étaient farouchement interdits. Tout au long du XXème siècle, un long combat jalonné de succès a été entrepris.

  • Au tournant du XXème siècle: « Les femmes, aux urnes »

L’un des combats politiques précurseur des revendications des femmes a été d’être reconnues citoyennes à part entière. En 1893, la Nouvelle-Zélande est le premier pays occidental à accorder le droit de vote aux femmes. Au tournant du XXème siècle, des voix féminines (parfois d’hommes) se sont élevées pour réclamer le droit d’élire « ceux dont le choix influence nos vies ». Cette revendication de disposer du droit du vote a été menée en Grande-Bretagne en premier lieu, avec la fondation par Milicent Fawcett de The National Union of Women’s suffrage. Cette dernière partait du postulat logique que si une femme se devait d’obéir aux lois, alors cette dernière doit prendre part au processus qui menait à l’adoption des lois. Mais ces tentatives ont été avortées. Ce n’est qu’en 1903  avec la création du Women social and political Union par Emmeline Pankhurst et ses filles Christabel et Sylvia, plus connues sous le nom de « suffragettes », que les revendications ont eu plus d’écho. En menant des actions pacifiques violemment réprimées, l’action de cette Union a pris un tournant violent, considéré comme seul moyen de se faire entendre. En 1918, le droit de vote est accordé aux femmes de plus de 30 ans, ramené en 1928 à 21 ans (comme pour les hommes). Les femmes ont obtenu le droit de vote aux Etats-Unis en 1920. En France, ce n’est qu’après la Seconde Guerre Mondiale en 1944, que le droit de vote est accordé aux femmes, en signe de reconnaissance de leur participation à l’effort de guerre. Mais le combat des femmes n’est pas que d’ordre civique. Les femmes ont du tout au long se battre pour avoir la « légitimité » d’être responsables de leurs choix dans la direction de leur propre vie : droit de travailler, disposer de leur salaire, de leur propre corps…

  •  La lutte pour les droits des femmes en France au XXème siècle :

La France a été un des pays occidentaux les plus en retard sur l’amélioration de la condition féminine. Tout au long du XXème siècle, les femmes ont été aux avants-postes pour réclamer des droits pour garantir leur dignité, et martelant que leur rôle dans la société est aussi essentiel que celui d’un homme. Peu à peu elles acquièrent des droits sociaux et politiques. Cette libération se fait sur le chemin de l’école, et commence avec le droit d’accès aux études supérieures avec l’instauration d’un Baccalauréat « féminin » en 1919 (ségrégé socialement : seules les femmes aisées y avaient accès), devenu Baccalauréat unique en 1924, avec la « mixité » de ce dernier. L’amélioration des droits de la femme en France est inséparable avec la lutte politique et sociale. Les décennies 1960 et 1970 ont été marquées par l’engagement fort de femmes de tous horizons avec pour objectif commun celui de combattre le « patriarcat ». Des débuts timides dans les années 1960, avec en 1965 une loi qui modifie le régime légal du mariage du couple se mariant sans contrat, les femmes peuvent ainsi gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari ou encore la loi Neuwirth en 1967, qui autorise la contraception ( dont les décrets d’application ne sont publiés qu’en 1971). Ce n’est qu’après Mai 68 que des avancées sociétales d’envergures seront prises. Une des organisations investies sur la scène publique a été le Mouvement de Libération de La Femme (MLF). Dont l’acte inaugural a été de déposer une gerbe « à la femme du soldat inconnu » sous l’Arc de triomphe à Paris, comme un pied de nez au « système patriarcal » « qui occulte le rôle de la femme dans l’histoire ». Face à plusieurs scandales d’ordre sanitaire, des femmes publient en 5 avril 1971 dans « Le Nouvel Observateur » un manifeste signé par 343 femmes, parmi lesquelles de nombreuses femmes connues qui déclarent avoir eu recours à l’avortement en réclamant l’avortement libre. Ces revendications se heurtent à des interprétations morales, et des « entrepreneurs » de morale publique s’en prennent aux féministes, les accusant d’être « un instrument de décadence » pour les moins vulgaires. En 1871, Choisir la cause des femmes est créée, autour  de Simone de Beauvoir et l’avocate Gisèle Halimi, qui luttent pour l’abrogation de la loi de 1920 qui fait de l’avortement un crime. En 1975, la loi Veil est promulguée, après une longue campagne contre la figure/ministre qui la portait publiquement : Simone Veil.

  • Les droits des femmes au XXIème siècle : état des lieux.

S’il y a une tendance observable dans le monde actuellement et de manière généralisée, c’est bien le réveil des forces conservatrices, qui traditionnellement et historiquement sont opposées aux droits minimes des femmes et à l’égalité des sexes. Si les femmes ont réussi à arracher des droits élémentaires au forceps au siècle dernier. Ces droits, pour citer Beauvoir, « ne sont jamais acquis » et « il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question » . Le plus grand débat porte sur l’aspect économique, qui permet à la femme de garantir son indépendance par son travail. Les femmes ont investi tous les pans de la société, néanmoins le « plafond de verre » fait qu’elles n’arrivent pas à atteindre les hautes sphères hiérarchiques, cela est loin d’être une affaire de compétences, mais bien de « corporatisme » sexiste. Les femmes réussissent objectivement et selon toutes les données officielles (ministérielles) ou officieuses (association, sondages…) mieux que leurs homologues masculins, et ceci même dans les filières scientifiques, réputés être des filières « masculines ».  Les inégalités salariales sont un enjeu de poids dans la lutte féministe au XXIème siècle. Les femmes sont en moyenne payées 20 % en moins que leurs collègues masculins, et avec la même qualification et pour le même travail effectué. Sans oublier les relégations sournoises de la part des recruteurs. Ces derniers refusent souvent d’engager des femmes parce que ces dernières ont le « malheur » de tomber enceinte, leur préférant un homme (même moins qualifié, et potentiellement non apte à effectuer ce travail). Si les débats se concentrent sur cet aspect professionnel et financier, il ne faut pas oublier ces droits « intimes » pour lesquels les femmes se sont battues au XXème siècle, et qui sont menacés. La question de l’avortement et du droit de disposer librement de son corps est sans cesse remise en cause avec des voix conservatrices et contre-progressistes qui trouvent écho chez des politiciens opportuniste qui profitent de la révolution conservatrice des mœurs pour avoir des voix, en promettant de revenir sur des lois essentielles à la liberté de la femme. C’est le cas des Etats- Unis, où nous trouvons parmi la déferlante des décrets racistes et xénophobes adoptés par Trump, un décret anti-avortement, qui vise à couper les subventions aux ONG qui viennent en aide aux filles et femmes dans le monde et qui souhaitent recourir à l’IVG. Ce décret met en danger la vie de ces femmes, et filles, qui sans ces moyens ne pourraient pas recourir à des méthodes médicales professionnelles, mettant ainsi leur vie en danger. En Pologne en Octobre 2016, les forces conservatrices ont voulu interdire l’entière accès à l’IVG. Devant les manifestations des féministes, ce projet a été abandonné.

L’utilisation politicienne et démagogue, sous le prétexte de contraintes en tout genre, de ce retour à l’ordre moral dont les femmes, qui représente plus de la moitié de l’Humanité, sont les grandes victimes, ne peut que inquiéter. Les prédictions de Beauvoir sont plus que jamais d’actualité. La situation critique à l’échelle mondiale est une excuse pour justifier politiquement la remise en cause de leurs droits civiques, sociaux et économiques.

Seule une réelle prise de conscience collective et citoyenne pourra arrêter le contre-progressisme actuel. Le XXIe siècle, qui se voulait un siècle de progrès et de temps béni pour les droits de la femme, s’en trouve terni par un tel recul et l’égalité homme/femme reste un mythe dans beaucoup de pays.

Samia Meziane, Sciences-Politique Lille

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