Citoyenneté, Mobilisation

L’Inde sur les traces du Mahatma

« La plus grande force dont puisse disposer l’humanité est la non-violence. Elle est plus puissante que la plus puissante des armes de destruction élaborées par l’intelligence de l’homme ». Gandhi

Gandhi leader spirituel de la non-violence en Inde

Gandhi favorise les actions pacifistes comme moyen de lutte pour l’indépendance de l’Inde. Grève générale nommée hartal, non-coopération avec le régime illustrée par la démission de fonctionnaires et boycott des produits venant des produits anglais, Gandhi use de diverses formes de luttes. Faute de résultats, et sous les pressions de son parti prêt à déclarer une guerre d’indépendance, il entreprend une marche fortement médiatisée.

Alors que l’Inde est une colonie britannique soumise au pouvoir d’un vice roi, c’est un délit pour un indien de fabriquer du sel, d’en faire commerce ou même d’en ramasser sur les plages. Le gouvernement britannique en détient le monopole, ce qui lui rapporte une petite fortune utilisée pour l’entretien des troupes chargées de maintenir l’ordre en Inde. C’est donc stratégique de s’y « attaquer ».

Le 12 mars 1930, Gandhi impulse donc la « Marche du sel », depuis la ville d’Ahmedabad vers les marais salants de Jabalpur. Après avoir marché 385 km, le mouvement s’empare pacifiquement des dépôts de sel du gouvernement anglais. C’est après 25 jours de marche, qu’arrivé sur la plage de Dandi, Gandhi brandit une poignée de sel et incite tous les indiens à faire de même. La taxe sur le sel, qui est une denrée vitale pour l’homme et le bétail, est d’après lui « la taxe la plus inhumaine que l’ingéniosité de l’homme puisse imaginer ».

Gandhi insiste tout au long de la marche sur une liste de règles religieuses de comportements non-violents. Il donne dix-neuf consignes précises et rigoureuses de discipline aux militants, en tant qu’individus, en tant que prisonniers, en tant que membres d’un groupe, et dans les relations entre communautés hindoues et musulmanes. Les manifestants sont frappés ou arrêtés, mais n’opposent aucune résistance. Face à ce stoïcisme, la répression s’émousse et les gouverneurs britanniques reculent, souffrant d’une image désastreuse dans l’opinion publique.

La force de la résistance civile réside dans l’adhésion de l’opinion publique. Gandhi a compris que son combat ne serait efficace que s’il restait non-violent et médiatisé. Il cherche à provoquer une réponse du gouvernement britannique : soit une répression, que celui-ci ne pouvait se permettre, soit la suppression des taxes. Ainsi sur la plage de Dandi son message est clair : « Aujourd’hui, tout l’honneur de l’Inde est symbolisé par une poignée de sel dans la main des résistants non-violents. Le poing qui tient ce sel pourra être brisé, mais ce sel ne sera pas rendu volontairement. »

Le Premier Ministre travailliste Ramsay MacDonald ouvre dès le 13 novembre 1930 à Londres, sous l’égide du roi George V, une première table ronde destinée à débattre d’une hypothétique indépendance de l’Inde. Deux autres suivront les années suivantes, mais la couronne britannique est réticente et ne compte pas abandonner sa colonie sans se battre. Nehru, président du congrès est condamné à six mois de prison pour avoir enfreint la loi sur le sel, et bientôt c’est au tour de Gandhi. Celui-ci, cherchant toujours une réaction, écrit au vice-roi son intention de s’approprier les usines et dépôts de sel de Dharasana. Il est incarcéré le 4 mai, mais le mouvement est déjà lancé : partout en Inde les indiens se mettent à faire bouillir de l’eau salée. Son arrestation ne fait que provoquer davantage la colère du peuple qui entreprend des marches et des grèves pacifistes un peu partout dans le pays.

L’Inde est alors au bord de l’insurrection. Le vice-roi Lord Irwin fait libérer Gandhi et entre en pourparlers : le Mahatma devient son interlocuteur privilégié. Il parvient à le convaincre de mettre fin aux mouvements de désobéissance civile, accord institutionnalisé le 5 mars 1931 par le pacte de Delhi. En échange, la taxe sur le sel est supprimée et le gouvernement fait de vagues promesses d’autonomie. Gandhi continuera son combat pour l’indépendance l’année suivante, à Londres, où il représente le Congrès, mais n’obtient rien. L’indépendance est remise à plus tard mais le peuple indien a fait une démonstration de sa force mobilisatrice et, dès lors, s’est rapproché de sa libération qui a lieu le 15 août 1947.

Il apparaît qu’en tant que leader spirituel, Gandhi a su intégrer pour de bon la non-violence dans les traditions de l’Inde. La résistance civile et la marche d’un peuple sont désormais reconnues comme des voies de protestation politique à la fois sages et efficaces. Ainsi, l’Inde verra encore ses routes arpentées par des marcheurs contestataires.

Janadesh : “le verdict du peuple”

D’après les Nations-Unies, 842 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, essentiellement en Asie et en Afrique. Les trois quarts d’entre eux vivent en milieu rural et dépendent de l’agriculture et de la pêche. Devant ce paradoxe et cette inégalité criante, les paysans indiens en souffrance se mobilisent.

Depuis les échecs des gouvernements dans les années 1970, la question de la distribution des terres a disparu de l’agenda politique. Les années 1990 voient les politiques de libéralisation reléguer cette question à une considération inutile et enterrer tout espoir de réforme agraire. Le 2 octobre 2017, jour de l’anniversaire de Gandhi, des paysans opprimés décident de se soulever en utilisant les mêmes moyens qu’auparavant : ils prennent la route depuis Gwalior pour New Delhi.

Le mouvement réunit 25 000 manifestants sans terres, menés par l’ONG Ekta Parishad et son leader Rajagopal. L’action de Ekta Parishad débute à Madhya Pradesh, Etat du centre de l’Inde où les moyens de subsistance de la majorité de la population dépendent des ressources naturelles telles que l’eau, la forêt et la terre. Or, à l’ère de l’industrialisation et de la surexploitation, ces ressources faiblissent, d’autant que les politiques de construction empiètent sur ces terres. Rajagopal déclare « puisque nous prenez nos terres, nos forêts, notre eau… nous avons décidé de marcher vers les villes ».

Se décrivant elle-même comme une association d’inspiration gandhienne, Ekta Parishad s’inscrit dans un mouvement pacifiste et reprend à son compte la non-violence comme moyen de lutte. La marche du sel a prouvé au monde entier qu’une foule déterminée et stoïque peut unir l’opinion publique et faire plier les puissants. L’ONG concentre son action sur les sans-terres en considérant que les travailleurs doivent être associés à la possession des terres et en tirer davantage de profits.

Trois instruments législatifs sont au coeur des revendications exprimées : une commission du droit foncier avec des projets de réforme agraire, des tribunaux à comparutions rapides, et des systèmes de recours fonciers à guichet unique. Au terme de 350 kilomètres de marche, les sans-terre atteignent le parlement de Delhi où, rejoints par cent mille autres manifestants, ils campent et commencent un jeûn illimité. Le Premier ministre indien et le ministre du développement rural retardent alors l’avancée du mouvement pour pouvoir lui proposer un projet, auquel les membres d’Ekta Parishad participent. Celui-ci repose sur quatre points clefs : une garantie de salaires minimums, un droit à l’information, un programme de santé et d’hygiène dans les zones rurales et la formation d’un groupe d’entraide communautaire.

Grâce aux négociations menées par l’ONG, le Premier ministre accepte officiellement la composition d’un Comité de Relations Étatiques Agraires et celle d’un Conseil National pour la Réforme Agraire auquel siégera Rajagopal. C’est incontestablement une victoire. Le gouvernement a distribué cent mille lopins de terre aux travailleurs agricoles qui en font la demande, procédure pour laquelle l’ONG oeuvre encore une fois en luttant notamment contre la corruption. Le travail d’Ekta Parishad se poursuit donc afin que la réforme soit belle et bien appliquée et ne provoque pas de nouvelles inégalités. Il nous faut cependant rester prudent dans notre enthousiasme car répartir les richesses dans des régions rurales de pays tel que l’Inde n’est pas une tâche aisée.

Janadesh comme si on y était :

Force est de constater que ces marches pour la paix prouvent qu’« un individu conscient et debout, est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis » selon les mots de Gandhi.


Sources :

  • Krishna Kripalani-  Gandhi, la voix de la non-violence
  • « How did Gandhi win? » Mark Engler and Paul Engler, October 8, 2014

  • « Après la marche Janadesh, qu’advient-il des sans terre indiens ? » Samuel L’Orphelin
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