Citoyenneté, Portraits

Aung San Suu Kyi : Une figure ternie…

Prix Nobel de la paix 1991

Ses partisans la surnomment « la dame de fer » ou « daw Suu » (mère Suu), les journalistes lui préfèrent le titre de « dame de Rangoon » : Aung San Suu Kyi fait-elle réellement l’unanimité en matière de non-violence ?

La République de l’Union du Myanmar (Birmanie)

  • 1948 : Indépendance (ancienne colonie britannique)
  • 1962 : Début d’une série de dictatures militaires
  • 1990 : Élections générales annulées alors que la Ligue Nationale pour la Démocratie était majoritaire
  • 2011 : Dissolution de la dernière junte militaire et élection de Thein Sein comme Président de la République. Certains pays occidentaux dénoncent un pouvoir civil de façade pour légitimer un pouvoir militaire en réalité.
  • 2016 : Arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, après plus de 15 ans d’emprisonnement
Aung San Suu Kyi dans notre exposition « Femmes ambassadrices de paix ».

Née en 1945 à Rangoun, capitale économique de la Birmanie, Aung San Suu Kyi est une figure emblématique de l’opposition birmane. Issue d’une famille engagée, son père militaire est un grand leader de la lutte pour l’indépendance tandis que sa mère est ambassadrice de la Birmanie en Inde. Aung San Suu Kyi suit successivement des études en Birmanie, en Inde et en Grande-Bretagne. Pour des raisons familiales, elle décide de rentrer définitivement en Birmanie en 1988, quelques mois avant la prise de pouvoir de la deuxième junte militaire. Son entrée en politique est motivée par sa volonté de démocratiser et libérer son pays de l’oppression.

Des discours de « révolution des consciences »

Non-violents, les principes prônés par Aung San Suu Kyi s’inspirent à la fois de la philosophie bouddhiste et de Gandhi. Elle affirme que la libération d’un peuple passe par un changement dans les esprits. Ainsi, dans son discours de 1990 La révolution des consciences, elle déclare : « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime ». Selon elle, il faut donc se libérer de cette peur car elle soumet la population. Pour cela, la violence n’est d’aucune utilité; la vérité, la justice et la compassion sont « les seuls remparts […] contre un pouvoir impitoyable ».

L’idole d’un peuple

Au total, elle est emprisonnée et assignée à résidence durant 15 années. Elle est autorisée à sortir du pays pour rendre visite à son mari mourant mais il lui est spécifié qu’elle ne pourra pas y entrer à nouveau. En parallèle, son mari se voit refusé un visa d’entrée, et elle ne pourra jamais le revoir. Sur les traces de son père, elle devient peu à peu la référence contemporaine en matière d’opposition non-violente, ce qui lui vaut le prix Nobel de la Paix en 1991 qu’elle ne pourra recevoir personnellement que 21 ans plus tard. Comme la communauté internationale, son peuple l’admire pour son charisme, son engagement politique (elle est secrétaire générale du principal parti d’opposition, la Ligue Nationale pour la Démocratie depuis 1988) et sa force de conviction.

Les controverses

La Constitution birmane ne permet pas à une femme de se présenter au poste de Président de la République si son mari est étranger, comme Aung San Suu Kyi. Elle exerce donc aujourd’hui de facto les fonctions de Premier ministre. Pourtant, son silence inquiète : le « papillon de fer », emblème des droits de l’homme, ne prend pas position quant au génocide des Rohingya qui a lieu depuis 2012, et qui continue dans son pays. Son gouvernement aurait même arrêté toute aide humanitaire dans la région la plus touchée. En avril 2017, Aung San Suu Kyi déclarait que « l’expression de nettoyage [ethnique] est trop forte pour qualifier ce qui est en train d’arriver ». Cependant, un rapport de l’ONU de février rapportait des violences « massives et systématiques » à l’encontre de la minorité musulmane. Aung San Suu Kyi joue-t-elle la carte de la réconciliation plutôt que de la condamnation ? Quoiqu’il en soit, son image légendaire se ternit.

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