Citoyenneté, Portraits

Gandhi, le père de la nation

Leader de la décolonisation, homme d’action, penseur et incarnation de la sagesse, Gandhi est devenu mythique. Son anniversaire est devenu une fête nationale mais également la « Journée internationale de la non-violence » fixée par les Nations unies en 2007.


Biographie :

Né à Porbandar le 2 octobre 1869, Gandhi se marie à l’âge de 13 ans. Il laisse ensuite femme et enfants pour faire ses études de droit en Angleterre. Lorsqu’il rentre en Inde, Gandhi accepte de défendre les intérêts financiers d’une compagnie commerciale en Afrique du Sud. Il y reste 22 ans. Petit à petit, il se fait connaître comme le représentants  des indiens auprès des influents et de différentes communautés. Son combat non-violent contre l’emprise occidentale permit à l’Inde d’obtenir l’indépendance. Il est assassiné le 30 janvier 1948 par Nathuram Godse, un hindouiste qui lui reproche ses appels à la paix envers les « ennemis musulmans ».


La non-violence chez Gandhi

Sa philosophie

Gandhi est élevé au contact du jaïnisme. Cette religion est connue pour sa doctrine de la non-violence, l’« ahimsa ». En sanskrit, ahimsa correspond à l’antonyme de la violence et  condamne donc toute agression physique, l’usage de la force (physique ou armée), et ceci envers tous les êtres vivants, mêmes les animaux. Pour autant, la violence exercée envers soi-même et la mortification, comme les grèves de la faim, ne sont pas exclues. Gandhi déclare : « la souffrance douloureuse sur soi-même est l’essence de la non-violence et le substitut à la violence exercée sur les autres. Elle anoblit ceux qui perdent la vie et enrichissent moralement le monde de leur sacrifice ». Il faut bien comprendre qu’il conçoit la notion de non-violence en premier lieu comme un travail sur soi et non pas une méthode d’action politique. L’application de l’«ahimsa» s’appelle le satyagraha. Pour que la lutte reste « morale », Gandhi émet des interdictions auxquelles les manifestants doivent se soumettre. Il réfute la stratégie courante selon laquelle « la fin justifie les moyens » : selon lui, les moyens sont bien plus importants que la fin ; ou du moins on ne peut opposer les deux. Il juge la société occidentale responsable de la violence et rejette petit à petit les deux.

La lutte

En se plaçant du côté des agriculteurs de la région de Champaran, Gandhi va “changer de camp” et tourner le dos à l’empire britannique pour défendre une vision de l’Inde religieuse, humble, rurale et morale : une Inde pauvre mais travailleuse. Ainsi, il encourage les indiens vers l’auto-suffisance, incite à l’usage du rouet qui permettrait d’atteindre la sagesse et aide à relancer l’économie en appelant au port du vêtement traditionnel, ce qui fait exploser la demande des ateliers de tissage. Il refuse tout le système imposé par la colonisation. Il est donc anti-démocratique, ou du moins contre la démocratie parlementaire. Ses propositions tendent vers la construction d’une démocratie directe, accordant une place importante au peuple. De plus en plus radical dans son rejet de l’occident, il appelle aussi les étudiants à quitter l’université et refuse tout bonnement l’usage de la langue anglaise.

L’engagement de Gandhi dans la lutte pour l’indépendance apparaît après une longue période de soutien à l’empire. Il se concrétise dans des actions pacifistes mais déterminées. Ces actions non-violentes commencent en 1919 avec le hartal, une grève générale silencieuse. Puis c’est la « non-coopération » entraînant la démission en masse des indiens dans les institutions britanniques. Ensuite, il appelle aux boycotts des produits anglais, en expliquant aux ouvriers des usines de textile anglaises que le boycott n’est pas dirigé contre eux. Il encourage chaque indien à produire ses aliments et ses vêtements lui-même pour arrêter de les acheter dans les boutiques du colonisateur. En 1930, Gandhi lance la « Marche du sel » pour dénoncer le monopole britannique sur le sel et exiger la fin des taxes. Un autre de ses moyens non-violents d’action est la grêve de la faim. En 1932, il entame une grève de la faim à mort contre l’intouchabilité, et obtient sa suppression dans leur mise à l’écart de la société.

gandhis-delhi

Toutes ces actions menées par Gandhi donnent l’impulsion nécessaire au pays pour retrouver son indépendance le 15 août 1947. Nehru, leader politique de la lutte aux côtés de Gandhi, devient alors Premier ministre. Cependant, des violences intercommunautaires éclatent donnant lieu à la partition entre Inde et Pakistan. La non-violence connait ses limites.

Une figure controversée

Gandhi est particulièrement critiqué pour ses actions en Afrique du Sud. En effet, il y part pour défendre des intérêts financiers. C’est à la suite d’humiliations par des Blancs sur place qu’il se met à lutter pour l’égalité entre les Blancs et les Indiens. Pendant ces quinze années de combat en Afrique du Sud, Gandhi ne fait à aucun moment référence aux injustices que subissent les noirs. Pire, il considère les indiens et les blancs sur un pied d’égalité, reléguant les noirs à un rang inférieur.

L’expérience de la violence

Gandhi se livre à l’expérience de la violence en de plusieurs occasions. Il participe à la guerre contre les Boers, aux côtés des anglais, et encourage les autres indiens à faire de même. Pour lui, « la passivité » des Indiens serait « criminelle ». Afin d’améliorer leur statut, les indiens doivent coopérer avec les britanniques. Or, c’est durant cette guerre que les anglais développent une méthode de la violence de masse systématique et destructrice : les camps de la mort. Un massacre entre êtres humains se profile et Gandhi, le non-violent, ne voit pas d’autre solution que d’y participer. Plus tard, quand la Première Guerre Mondiale se déclenche, Gandhi s’engage à recruter 500 000 hommes pour l’armée britannique. Il fera encore de même lors de la révolte des Zoulous. A ses détracteurs, il répondra que pour refuser la violence, il faut l’avoir expérimenter. La brutalité serait quelque chose à tester avant d’y renoncer. D’ailleurs, une de ses accusations envers l’empire britannique est que celui-ci a désarmé le pays. Etrange reproche pour quelqu’un prêchant la non-violence.

Il s’oppose finalement aux britanniques lorsque ceux-ci promulguent de nouvelles lois qui obligent les ressortissants asiatiques à avoir un certificat d’identification. Il se retrouve pour la première fois en prison et en sort après avoir conclu un accord avec le gouvernement, accord en dévafeur de la cause indienne. Il reprend alors la lutte pour les droits des indiens en brûlant publiquement son certificat. Ayant le choix entre une amende et des travaux forcés, il choisira les travaux forcés pour redorer son blason et son autorité morale. Par la suite, il refuse de participer à l’effort de guerre de la Seconde Guerre Mondiale. L’Inde ne peut pas participer à une guerre ayant pour but la liberté démocratique, alors que cette liberté lui est refusée.

Gandhi et ses proches

Alors que Gandhi déclare que « si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes. », on ne peut pas dire qu’il traite sa femme sur un même pied d’égalité. Elle n’a d’autre choix qu’accepter son mode de vie, qui va de la chasteté à la pauvreté en passant par la vie en collectivité, ou bien être exclue. Il impose également à ses fils le célibat, l’abstinence, le végétarisme et une éducation non-occidentale, prodigué par lui-même. Il fait aussi la loi dans les fermes où il vit en collectivité : il crée la « ferme  » en Afrique du Sud puis l’ « ashram d’Ahmedabad » en Inde. Il y énonce des listes d’interdictions auxquels ses fidèles doivent se plier et ne tolère pas les écarts.

Porté aux nus par la croyance populaire, il est en réalité, comme tous les Hommes, complexe et empreint de contradictions. Pour autant, Gandhi et sa philosophie de la non-violence ont marqué les esprits et montré que tout changement politique de cette envergure n’est pas voué à se faire par la violence.


Le saviez-vous ?

À la fin de sa vie, Gandhi s’entoure de jeunes filles qui lui sont particulièrement dévouées. Ces jeunes filles dorment nues contre lui, le massaient alors même qu’il prône la chasteté et l’impose à ses disciples. Il se justifie alors en déclarant qu’il s’agit d’expériences pour tester sa discipline.

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