Citoyenneté, Portraits

Nelson Mandela, le Maître de son destin…

Nelson « Rolihlahla » Mandela est né en Afrique du Sud, dans ce qui était auparavant le Bantoustan. Après des études de droit à l’université de Johannesburg, il s’engage pour défendre les droits des noirs. En 1964, il est condamné à la prison à vie pour ses actions et n’en est finalement libéré qu’après 27 ans d’emprisonnement, le 11 février 1990. Lorsque l’apartheid prend fin, il devient en 1994 le premier président noir de l’Afrique du Sud. Après un mandat et jusqu’à sa mort le 5 décembre 2013, il se consacre à la lutte contre la pauvreté et le sida. Cette figure, dont le nom « Rolihlahla » peut se traduire comme « celui qui cause des problèmes », restera dans l’histoire.

L’apartheid

Le mot « apartheid » vient de l’afrikaner et signifie étymologiquement « séparation ». C’est le nom donné à la politique ségrégationniste mise en place en Afrique du Sud permettant à la minorité blanche d’isoler la majorité noire. Cette politique raciale est pratiquée officiellement de 1948 à 1991 par le Parti National mais, dans les faits, elle existait déjà dans les institutions depuis la colonisation de la ville du Cap en 1652. Les Afrikaners, blancs et principalement d’origine néerlandais, redoutent les débordements des autres ethnies et scindent donc la société au niveau économique, géographique et social afin de s’en distancier. En effet, la population se compose de la manière suivante :  

  • les Blancs, environ 20% dont 3/5 d’Afrikaners et 2/5 d’anglophones,
  • les Indiens (environ 3%), descendants des coolies recrutés à partir de 1860 pour les plantations de canne à sucre.
  • les Coloured (ou métis), environ 9 % de la population.
  • les Noirs ou Bantous, près de 70 % de la population, se répartissant entre différentes ethnies, les plus importantes étant les Xhosas et les Zoulous.

La lutte

Des débuts non-violents

Issu de l’ethnie noire Xhosa, Mandela a reçu une éducation traditionnelle passant par l’observation de la société et de la vie dans la nature. Il a également été sensibilisé à la pensée « ubuntu ». L’ubuntu est un concept philosophique qui se traduit par une forme de « communalisme africain », qui s’illustre par la phrase « nous sommes donc je suis ». L’homme ne se définit que par son appartenance au groupe. On associe facilement cette doctrine aux notions de fraternité, d’honnêteté, d’empathie, d’humilité, de pardon, de partage, etc. Mandela fuit un mariage forcé et débute ses études de droit à Johannesburg. Là, il découvre que les lois des années 1920 sont à l’origine de l’expropriation régulières des noirs, et que ces derniers sont spatialement ségrégués dans des townships qui représentent 13% de la surface du pays. Il s’insurge de ces injustices subies. En 1942, alors que le monde connaît une seconde guerre mondiale, les revendications des noirs basculent au second plan : le gouvernement en profite pour interdire les grèves sous couvert de l’effort de guerre. Mandela entre à l’African National Congress dès 1943, un parti politique membre de l’internationale socialiste qui défend les intérêts des noirs de façon modérée. Il débute alors son combat contre l’apartheid de manière non-violente, mode de lutte qu’il apprend de Gandhi. Mandela y crée la Ligue de la jeunesse (Youth League) et en devient très vite l’un des dirigeants. En 1948, lorsque l’apartheid est assumé comme politique d’état, l’ANC se radicalise et en 1952 Mandela en devient le président.

Il entreprend alors une campagne de désobéissance civile :  la Defiance Campaign. Mais une loi sur la sécurité publique et la proclamation de l’état d’urgence permet au gouvernement de suspendre les libertés et de réprimer les manifestants. Nombre de ces derniers, y compris Mandela, sont arrêtés. Mais le leader du parti continue la lutte dans la clandestinité depuis sa résidence surveillée. Cette résistance passive passe par la négociation anti-apartheid, le conseil juridique à tous les opprimés raciaux, et une alliance avec le Parti communiste sud-africain et ses membres blancs. Malgré le fait que son action soit pacifiste, Mandela est accusé de trahison. Le procès n’aboutit pas à une condamnation mais incite le parti à retorquer de manière plus radicale.

La radicalisation

Les « africanistes », militants plus extrêmes, se séparent de l’ANC pour former le Congrès Panafricain (PAC). Lors de l’une de leurs manifestations, le 21 mars 1960, 69 civils (femmes et enfants) trouvent la mort sous les coups de feu de la police : il s’agit du massacre de Sharpeville. C’est la fin de la lutte pacifique pour Madiba (son nom tribal) qui y renonce devant l’inefficacité, les pertes subies et peut-être l’influence de sa nouvelle compagne Winnie plus décidée. Il déclare : « c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense ». Il fonde alors en 1961 la branche militaire de l’ANC : Umkhonto we Sizwe. Il entreprend des voyages pour se former aux techniques paramilitaires. Commence alors une campagne plus violente visant des institutions importantes du pays, emblématiques du régime de l’apartheid. Un attentat fait un mort, un jeune enfant. Le 5 août 1962, Mandela est arrêté par la police et condamné à perpétuité durant le procès de Rivonia. Cette condamnation fait de lui le symbole des inégalités raciales et lui permet de retrouver la confiance de l’opinion publique à l’internationale qui jusque-là le voyait un dangereux terroriste. Les Nations-Unis s’engagent alors contre l’apartheid et demandent la mise en place d’un embargo sur la vente d’armes qui devient obligatoire en 1977.

La vie pénitentiaire

Mandela sera emprisonné d’abord sur l’île de Robben Island, de juin 1964 à avril 1982, puis à Pollsmoor, jusqu’en décembre 1988, et enfin à la prison Victor Verster, jusqu’au 11 février 1990. Il ne s’y laissa pas oublier, au contraire : c’est de là qu’il forgea sa réputation. A Robben Island, il partage la prison avec d’autres opposants politiques et en profite pour créer un front commun rassemblant l’ANC, les métis, les indiens et les marxistes. Les conditions de vie sont très difficiles mais Mandela ne se laisse pas abattre. Il en profite pour s’initier au jardinage et, de manière moins anecdotique, apprend l’afrikaans et poursuit ses études de droit par correspondance. Il se renseigne sur la culture de ses opposants, suivant l’adage « sois proche de tes amis, et encore plus de tes ennemis ». Le 16 juin 1976, les émeutes de Soweto plongent le pays dans une violente révolte. Pour apaiser les tensions, il est question de libérer Mandela mais celui-ci refuse que le combat prenne fin. Il est néanmoins transféré car son pénitencier, où il a de nombreux soutiens politiques, ressemble alors plus à une « université de Mandela » qu’à une prison. Loin de l’affaiblir, la prison a confirmé Mandela dans le rôle de leader du mouvement de libération des opprimés. Il est libéré par le président Frederik De Klerk le 11 février 1990 et promet de continuer la lutte pour la paix et la réconciliation. Trois ans plus tard, les deux hommes mettent fin à l’apartheid et reçoivent le prix Nobel de la paix.

Mandela président

En 1994, dans un pays où la majorité noire accède enfin au droit de vote, Nelson Mandela est élu président magistralement. Il consacre son unique mandat à la réconciliation nationale. Retiré de la vie politique, il se battra pour soutenir la lutte contre la pauvreté et le sida, maladie dont est mort son fils. Il conserve évidemment son aura et son influence sur la société sud-africaine, qui le voit comme le père de la nation arc-en-ciel.

Retour en image sur ses plus grands discours qui ont marqué l’histoire

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