Armement, France, Politique

Macron : la continuité d’une politique de l’armement

Être Président c’est aussi être chef des armées : Emmanuel Macron l’affirme clairement en se présentant comme le garant de la sécurité collective. Il choisit ainsi de mener une politique de l’armement. De sa politique à sa communication, tout en lui l’exprime.

Une politique de la défense sur le long terme

En 2013, la loi de programmation militaire prévoit d’affecter 364 milliards d’euros à la mission « Défense » entre 2014 et 2025, effort considérable compte tenu de l’état des finances publiques. Pour financer cette dépense, rehaussée un peu plus par des travaux d’actualisation en 2015, le gouvernement souscrit à des crédits budgétaires. En outre, il fait appel à des ressources exceptionnelles d’un montant de 6 milliards d’euros. L’objectif affiché est de permettre à l’armée française de conserver son autonomie en matière d’intervention, que ce soit sur terre, sur mer ou dans les airs. Dans ce contexte, l’élection de E. Macron vient confirmer l’élan qu’avait pris le gouvernement précédent.

Le diagnostic d’Emmanuel Macron est pessimiste : le monde connaît de plus en plus de conflits face auxquels la France ne fait plus le poids, les États-Unis et le Royaume-Uni, ses alliés traditionnels, s’éloignant, au regard des résultats politiques récents (élection de Trump et Brexit). Les équipements à disposition de nos soldats sont insuffisants ou obsolètes. En outre, nos forces sont fatiguées car très sollicitées sur notre territoire comme à l’étranger. Ainsi, si le nouveau président applique son programme, il augmentera le budget alloué à la défense en le passant de 1,8% à 2% du PIB, afin de renforcer les effectifs et leurs équipements.

La loi de programmation militaire et E. Macron semblent s’accorder avec les idées du Livre Blanc de 2013, résumées par quatre principes directeurs  :

  • l’autonomie stratégique, c’est-à-dire la capacité pour la France d’entrer en action sans avoir besoin de l’aide de ses voisins,
  • la cohérence de ses investissements avec la multiplication des engagements dont font preuve nos forces armées : elles opèrent autant dans des opérations de coercition et d’entrée dans les conflits que dans des opérations de gestion de crise ou des actions de protection de nos intérêts,
  • la différenciation des forces par leurs tâches, ce qui permet de ne financer les actions coûteuses que lorsqu’elles sont réellement nécessaires,
  • la mutualisation des forces pour améliorer leur efficacité à travers leur mise en commun au niveau technologique et européen.

sur un avion

2017-2022 concrètement :

Loi de programmation militaire de 2013 Projet d’E. Macron
Investissements Acheter 102 véhicules blindés (VBCI), 16 hélicoptères Tigre, 5 frégates multi-missions FREMM, 1 sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) « Barracuda », 26 Rafale, et 250 missiles de croisière. Prévoir d’avoir un second porte-avion
Approfondissement Rénover des programmes tel que l’avion de chasse Mirage 2000, le système de modernisation interarmes “Scorpion”, ou les frégates de type “La Fayette”. Approfondir les programmes français de dissuasion nucléaire (sous-marin, aéroporté)
La gestion des effectifs Préserver des postes et permettre une meilleure préparation opérationnelle des troupes, ce qui inclut leur repos. Créer un service militaire obligatoire et universel d’un mois.
Le renseignement Embaucher des spécialistes de la cyberdéfense et adapter le droit national aux nouvelles menaces. Former « Task Force permanente » pour mutualiser le plus possible les instruments et les données recueillies et donner la priorité en matière de cyberdéfense et de cybersécurité
Les alliances Reconduire les programmes existants au niveau européen et en lancer de nouveaux sur les missiles anti-navire et un système de drone anti-mines futur “Avancer dans l’Europe de la défense” :

– création d’un QG pour les opérations militaires et d’un fond d’investissement européens.

– coopération renforcée avec l’Allemagne via la rétablissement de conseils de défense bi-annuels

– Rester dans l’OTAN

Comme le ministère de la Défense l’assume, il est clair que « La France entend ainsi répondre aux besoins de sa stratégie générale militaire tout en garantissant l’activité d’un secteur crucial pour son économie ». On ne peut nier qu’investir dans la sécurité est un choix stratégique d’un point de vue politique et économique pour E. Macron. Cependant, son investissement va plus loin que la simple assurance de la sécurité nationale et de la défense : il a des ambitions à l’international. En effet, il souhaite un engagement plus grand de la France en Syrie et en Libye. En Syrie, « nous devrons envisager d’accroître notre soutien aux forces locales qui combattent le groupe Etat islamique », a-t-il déclaré. Quant au cas de la Libye, il souhaite y conduire avec d’autres pays voisins un « redressement des institutions libyennes et notamment d’une armée capable de défaire les terroristes ».

Il déclare ainsi « ma vision de la France, c’est celle d’une nation (..) qui a une vocation mondiale. Je refuse la tentation du repli, sur le seul territoire, et même sur le seul continent européen ».

Macron champs Elysées

Le choix des symboles

Macron a axé sa communication sur des symboles régaliens*, en particulier par rapport à la défense et à l’armée.

Il adopte alors une posture de chef d’état austère, rigide, à l’instar de F. Mitterrand. Sa longue marche, sur fond de l’”Ode à la joie” de Beethoven, seul, vêtu d’un long manteau le soir de son élection, en est une bonne illustration. L”Ode à la joie”, l’hymne européen, avait également été utilisé par F. Mitterrand. Par ailleurs, le choix de la pyramide du Louvre, ce même soir, n’était peut-être pas dû au hasard : F. Mitterrand avait lancé sa construction et Napoléon, connu pour ses conquêtes militaires, s’y était auparavant installé. Les références se multiplient alors. Au moment de la passation de pouvoir, E. Macron choisit de se déplacer en véhicule militaire, remonte les champs Elysées pour rallumer la flamme du soldat inconnu et s’arrête ensuite rendre hommage au gardien de la paix assassiné sur l’avenue. Ses premiers déplacements ensuite ne trompent pas : un hôpital militaire, puis le Mali. Alors qu’il est le seul président de la Vème République à ne pas avoir fait de service militaire, il s’inspire de l’image du Général de Gaulle et de d’autres figures sérieuses et rassurantes pour compenser son manque d’expérience et insister sur sa fonction de chef des armées. Il va même jusqu’à renommer le ministère de La Défense, ministère des armées, ce qui n’a rien d’anodin. Avec se changement de vocabulaire, on passe d’une posture de réaction au menace, presque passive, à une attitude pro-active, qui va au delà de la protection de notre territoire et de notre population. Macron rêve-t-il la France gendarme du monde ?


*Les fonctions régaliennes désignent les pouvoirs sur lesquels le seigneur détient le monopole, et donc les tâches qui ne sont pas déléguées au secteur privé. Parmi ces fonctions, on compte : La sécurité extérieure par la diplomatie et la défense, la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre public, la justice et les leviers de politiques budgétaires, et monétaires hors zone européenne.

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