Droits des Femmes, Droits Humains

Harcèlement de rue : Une réalité à ne pas esquiver

La confrontation à une violence quotidienne

Dès le plus jeune âge, on apprend aux filles à « faire attention », à éviter certaines situations ou tenues vestimentaires. Vues comme des êtres fragiles et vulnérables, les femmes sont victimes de sifflements, remarques sur la tenue portée, regards déplacés, insultes… Ces comportements récurrents, voire quotidiens, restent peu étudiés, bien que de plus en plus abordés. Qualifiés de harcèlement de rue, ces agissements sont considérés comme anodins, marginaux et associés à de la drague, alors qu’il est important de les différencier du simple flirt, fondé sur le consentement et pratiqué à deux. « La drague est une main tendue, le harcèlement est une main qui s’abat. »

Mais qu’est donc vraiment le harcèlement de rue ? Aujourd’hui encore, ce terme est méconnu. Il s’agit de pratiques de harcèlement sexuel, principalement subies par les femmes, dans les espaces publics, qui visent à interpeller une personne verbalement ou non, en envoyant des messages insistants, humiliants, sexistes. Le harcèlement de rue est un réel problème qui se doit d’être résolu, d’où son émergence sur la scène médiatique française. Mais comment faire bouger les choses ?

Après avoir mené un micro-trottoir à Saint-Ouen, voici les réponses obtenues :

  • Pour vous, qu’est-ce que le harcèlement de rue ?

Nawel : « Une personne qui insulte, embête les filles. »

Yoan et Amine : « C’est à partir du moment où la personne n’est pas réceptive. »

Ismaël et Dylan : « Je vois pas de harcèlement de rue, ça n’existe pas. C’est parce que vous vous faites harceler que vous nous demandez ? »

  • Renverser la charge de la responsabilité

Tout d’abord, il serait temps d’arrêter de culpabiliser la personne victime de harcèlement. La femme est encore vue comme une figure tentatrice qui attise « naturellement » le désir sexuel des hommes et donc « provoque ». Ainsi, la femme est réduite à être la source du problème et à devoir « bien se tenir », c’est-à-dire à porter la responsabilité de prévenir les risques qu’elle encourt dans la sphère publique.

Pour éviter ces rencontres dangereuses, différentes tactiques et stratégies sont adoptées comme, par exemple, écouter de la musique avec des écouteurs, répondre dans une langue étrangère, marcher vite avec le regard droit ou au contraire avec le regard baissé. Il est cependant possible de confronter son agresseur. Grâce à des cours d’autodéfense notamment, la potentielle victime peut réduire sa peur d’être agressée. Le Gymnase Jean Dame, dans le 2ème arrondissement de Paris, propose des cours gratuits de self défense féminine. Ces cours ont lieu tous les samedis de 15h à 16h15 et de 16h30 à 17h45 depuis septembre 2016 jusqu’au 24 juin 2017. Il s’agit d’y apprendre à gérer son stress lors d’une agression et à la faire cesser avant même qu’elle n’ait commencé. En cas d’affrontement inévitable, est enseigné comment se défendre mais jamais comment attaquer soi-même.

Malgré la grande utilité de ces cours, la responsabilité est encore une fois assumée par les femmes plutôt que par les auteurs de ces harcèlements.

  • Pensez-vous que la victime joue un rôle dans sa propre agression ?

Nawel : « Tout dépend de la tenue. Chacun s’habille comme il veut, mais je demande à ma fille de faire attention parce que j’ai peur pour elle. Mais je comprends qu’on veuille suivre la mode et ça ne devrait pas influencer quoi que ce soit. »

Yoan et Amine : « Pour beaucoup, la tenue influe. Ça dépend de la mentalité des gens mais ça ne devrait pas jouer sur le harcèlement. »

Ismaël et Dylan : « La victime est en tort. Si elle se fait harceler c’est qu’elle le cherche. Ce n’est pas seulement de sa faute, mais elle joue un gros rôle dans son agression. »

  • Sensibiliser

Pour mettre fin à cette violence récurrente, il faut l’attaquer à la racine, en éduquant les plus jeunes à l’égalité et en sensibilisant l’ensemble de la société. De nombreuses initiatives des pouvoirs publics ont été mises en place pour lutter contre le harcèlement.

Depuis 2014, par exemple, se tient du 2 au 8 avril la Semaine Internationale contre le harcèlement de rue. A travers cet événement, tous sont amenés à se questionner et se remettre en question vis-à-vis de ces pratiques nauséabondes. Cette année, l’association Stop Harcèlement de rue a lancé l’opération « Qui manque de tenue dans la rue », qui affiche des tenues stéréotypées de femmes en montrant qu’elles ne sont pas le problème. Ce sont les harceleurs qui manquent de tenue en se permettant des commentaires. De plus, dans les années passées (2015-2016), plusieurs campagnes anti-harcèlement de rue ont été édifiées par la ville de Paris, comme « Ma jupe n’est pas une invitation, ma simple présence non plus », ou encore par la RATP : « Face au harcèlement, ouvrons nos voix. » .

  • Comment éviter le harcèlement de rue ?

Nawel : « Il faut éduquer les filles et les garçons de la même manière, apprendre aux enfants à ne pas harceler et pas « à faire attention. » »

Yoan et Amine : « Il faut sensibiliser les gens et peut-être mettre plus d’agents de sécurité dans les métros et RER. On pourrait aussi apprendre aux filles à se défendre dès l’école primaire. »

Ismaël et Dylan : « En ne provoquant pas déjà. Et si une personne se fait harceler c’est qu’elle le veut en cherchant du regard par exemple. »

  • Des aides à portée de main

Il faut savoir que les victimes ne sont pas seules. Les usagers de la SNCF, par exemple, peuvent formuler une demande de secours depuis un train en marche en appelant le 3117. Les opérateurs localisent alors le train d’où provient le message ou l’appel afin de faciliter une intervention tout en restant en dialogue avec la victime ou le témoin.

Bon nombre d’applications ont également été mises au point pour aider les victimes du harcèlement :harcèlement de rue - Screen paye ta shnek

    • « App-elles » : destinée à la prévention contre le harcèlement de rue, qui géolocalise la personne si elle appuie sur le bouton « alerte agression », envoie un message aux proches de la victime et prend contact avec des numéros d’aide.
    • « Mon chaperon » : application de copiétonnage qui met en relation des personnes qui souhaitent faire le chemin à deux sur un trajet aussi bien court que long. Fabien Boyaval, créateur de cette application, affirme que « 97% des cas de harcèlements ont lieu lorsque les femmes sont seules. Le fait de se déplacer au moins à deux dans la rue réduit significativement ce risque. »
    • « HandsAway » (« Bas les pattes ») : pour témoigner, discuter de toutes les formes de harcèlement sexuel, du regard trop insistant à l’agression sexuelle, en passant par l’insulte ou la remarque sexiste, et apporter un soutien aux victimes. Tout comme « app-elles », elle les géolocalise en cas d’agression.
    • « Companion » est une application américaine qui géolocalise la victime par des contacts préalablement choisis dans le répertoire tout au long du trajet effectué. En cas d’agression, si la victime se met à courir et ne donne pas de réponse dans les 15 secondes, alors ces « companions » sont avertis automatiquement.

Thème vaste, il est difficile de l’éplucher. De nombreux sites internet renseignent activement ce sujet comme Stopharcelementderue par exemple, qui regroupe des personnes désireuses de porter la lutte contre le harcèlement de rue à travers des actions dans l’espace public. Le site MadMoiZelle publie également régulièrement des témoignages, des questions/réponses, des explications et même des vidéos sur ce problème.
Enfin, Paye Ta Shnek, créé en 2012 par Anaïs Bourdet, est né sur Tumblr. Tumblr est un réseau social de microblogage qui permet à l’utilisateur de poster du texte, des images, des vidéos etc., très facilement. Le choix du nom de son blog est volontairement outrancier « à la mesure de la violence du harcèlement de rue. » explique-t-elle. Il s’agit sur sa page de dénoncer, par de courts posts, le harcèlement de rue quotidien ou occasionnel que subissent certaines personnes. A la suite de son initiative, sont nés de multiples dérivés comme « Paye ta fac » et « Paye ton taf » dans le même but : dénoncer les violences de rue.

harcèlement de rue - Image drague ou harcèlement

Voici un court-métrage illustrant bien la réalité du harcèlement de rue :

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1 réflexion au sujet de “Harcèlement de rue : Une réalité à ne pas esquiver”

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