Droits Humains, Paix et sécurité internationale

Analyse de la situation au Moyen Orient avec Hussain Jawad

Nous avons rencontré Hussain Jawad, originaire du Bahreïn, afin d’observer la situation au Moyen Orient et plus spécifiquement en Syrie, à travers son regard.

Né au Bahreïn en 1987, Hussain Jawad est le fondateur de l’organisation Europe Bahreïn pour les droits de l’homme (EBOHR). Arrêté de nombreuses fois, il est torturé au cours de ses séjours en prison. Relâché grâce à la pression internationale, il est enjoint à quitter son pays. Il vient tout juste d’obtenir le droit d’asile en France. Son organisation lutte pour la défense des droits de l’homme constamment violés dans son pays.

D’une superficie de 760 km² et situé sur la côté ouest du golfe persique, le royaume de Bahreïn est une île située entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. Indépendant depuis le 15 août 1971 et érigé en royaume depuis le 1er février 2002, il compte une population d’1,5 million d’habitants. Véritable paradis fiscal, ce pays est situé dans une zone de fort développement économique puisqu’elle bénéficie de ressources naturelles importantes. C’est aussi le siège de la 5ème flotte américaine. Depuis le printemps arabe, la situation s’est relativement apaisée, mais risque toujours de se dégrader du fait de manifestations. Il y a ainsi eu 5 morts au cours de la répression d’une manifestation le 23 mai 2017 : la police a ouvert le feu pour disperser un sit-in qui avait pour objectif de démontrer son désaccord contre le régime. Malgré ce bilan désastreux pour les droits de l’homme, ce pays a été choisi pour accueillir la Cour Arabe des Droits de l’Homme.

Voici une retranscription de notre rencontre avec Hussain :

Pouvez-vous nous parler des conflits au Proche et Moyen-Orient et plus précisément de la Syrie ?

Les conflits dans cette zone reposent souvent sur les mêmes fondements mais celui en Syrie est particulièrement violent car il implique des armes très dangereuses qui sont utilisées par et sur les différents agents du conflit : population, rebelles, armée, et organisations terroristes.

A partir de 2011, la Révolution Arabe s’étend au Maghreb et au Moyen-Orient : en Tunisie, en Egypte et enfin dans les  pays du Golfe. Les populations réclament des réformes mais se heurtent à la répression des gouvernements et à celle de leurs puissants alliés, comme les Etats-Unis ou la Russie. Les révolutions ont commencé pacifiquement mais de nombreux activistes, bloggers, défenseurs des droits de l’homme et n’importe qui souhaitant des réformes ont été persécutés. Si on demande des réformes, on en paye ensuite le prix : c’est comme cela que ça marche dans un régime totalitaire. Tu payes ton combat de ta vie, ta liberté. La plupart des pays arabes n’organisent pas d’élections, les révolutions sont nées de la soif de démocratie des populations.

En Syrie, ce n’est pas le gouvernement qui contrôle le pays, c’est Daech, et les rebelles aussi. Ils ont beaucoup d’argent et de ressources, c’est pourquoi ils sont très puissants. L’argent c’est le plus important. Ils ont aussi une idéologie particulière qui se résume par la phrase suivante : « si tu me tues, je vais au paradis ». Ils utilisent des gens manipulés, inconscients de leurs actions, qui sont prêts à se sacrifier. Pour les convaincre, l’organisation a recours à l’endoctrinement, un lavage de cerveau visant à rendre ces soldats corvéables à merci. Pour eux, si tu n’es pas avec Daech, tu n’es pas musulman et donc tu es un mécréant qui mérite de mourir. Cette idéologie sectaire, excluante et meurtrière ne date pas d’hier mais Daech la pousse à l’extrême. Ils ont assez de fonds financiers, des canaux de communication, une organisation hiérarchisée et efficace, et aussi de la main d’oeuvre.. Donc Daech, aujourd’hui c’est le principal acteur face aux gouvernements.

  1. Avez-vous entendu parler du barrage de Taqba en Syrie ?

J’ai des amis syriens qui sont très au courant. Ce que je sais c’est que ce type de barrage, c’est un symbole de puissance pour Daech. Ils ont bombardé beaucoup de puits de pétrole, ils veulent contrôler beaucoup de villes. En Irak, et en Syrie, ils pensent qu’ils peuvent contrôler les territoires avec une grosse attaque. En fait, leur stratégie c’est de détruire tout sur leur passage. Il y a beaucoup de villages en dessous de l’eau. Ce type de mentalité, cette idéologie… C’est vraiment la destruction. Mais il ne faut pas oublier que ces groupes, ces terroristes, ils ont été créés sciemment. Pour ce qui est du barrage, ils pourraient utiliser cette eau pour alimenter les villages, les cultures, etc. mais tout ce qu’ils veulent c’est de tout détruire.

  1. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que vous pensez de Daech ?

Daech est une organisation très puissante pour 3 raisons :

  • Son idéologie : si tu meurs, tu vas au paradis et tu récupères 1.000 magnifiques filles. Donc à partir de là, il n’y a pas de limite, tu peux tuer n’importe qui, qui n’est pas musulman de Daesh, et tu entreras au paradis.
  • L’argent confère de la puissance. Certains gouvernements et entreprises soutiennent Daech financièrement. Comment est-ce possible qu’ils aient autant de pouvoir en seulement deux ans ? Ils sont aidés quelque part c’est sûr !
  • Les réseaux sociaux : ils recrutent et diffusent leurs idées par là.

Si les pays de la coalition internationale ne s’investissent pas dans la guerre ou dans le droit, Daech restera une menace. Mais la justice ne peut pas les arrêter. Ils n’ont pas peur de mourir, pourquoi auraient-ils peur de perdre leurs papiers ou autres ? Ils sont agressifs, ils pratiquent le meurtre, sont mentalement instables : il faut attaquer. La diplomatie n’est pas efficace avec ces gens-là. On ne peut pas les combattre sans aller sur le même terrain qu’eux, quitte à utiliser la violence aussi. Toi tu veux lutter pour la justice mais à la fin, le soir, tu veux retrouver ta femme et tes enfants. Eux, non, pour eux, mourir est un honneur. On peut le voir dans des vidéos en arabe : les balles arrivent et les combattants de Daech foncent dedans sans réfléchir…

Pour les Syriens… Ils veulent vraiment changer leur régime, ils veulent une démocratie, des droits de l’homme, et des réformes économiques et sociales. Le problème c’est que la population est au milieu du gouvernement et de Daech. Ils n’ont pas vraiment beaucoup de choix.

  1. Que pensez-vous des actions que mène l’ONU et de sa position sur le conflit ?

L’ONU c’est le meilleur endroit pour discuter  ensemble. Nulle part ailleurs, tu ne peux parler comme tu le fais à l’ONU. Les Syriens veulent discuter de leur pays, veulent changer la situation mais le problème est que Daech n’est pas à l’ONU : les débats, qui se font entre le gouvernement et l’opposition, ne prennent donc pas en compte un acteur important. Les membres de Daech ne négocient pas. Ils ne jurent que par la guerre, le meurtre et la destruction. Ils sont en train de créer leur propre gouvernement, police et ministères mais sans diplomatie, sans lien avec le reste du pays et du monde. Ce n’est pas comme le Hezbollah au Liban.

  1. Est-ce que les ONG peuvent faire une différence ?

Les organisations internationales se portent bien : beaucoup de pays donnent de l’argent à ces organisations, mais une partie de l’argent est perdue ou volée. Daech leur couperait la tête si les humanitaires venaient. Les Syriens en dehors de la Syrie reçoivent beaucoup d’aide, par exemple la France a accueilli 500 familles de Syrie.

  1. Quelle est la solution alors ?

En fait, pour vraiment changer la mentalité des gens, on doit utiliser les réseaux sociaux et les médias. Les médias (télé, réseaux sociaux, radio, information) sont un des outils les plus importants, car ils peuvent changer la mentalité des gens. Le problème c’est que la plupart des gens lisent, regardent, n’écoutent que ce qu’ils souhaitent entendre.

En 2010, le Bahreïn supprime les forums de chat sous prétexte qu’ils contiennent de la pornographie. Le but est de faire accepter à la population les restrictions de liberté : c’est une “mind attack” (attaque mentale) dont les gens ne se rendent pas comptent. Twitter est pourtant une arme puissante. 140 caractères peuvent tout changer, en particulier avec les hashtags : j’ai été arrêté et envoyé en prison pour une durée de 3 ans à cause de 140 caractères… Il faut choisir entre le média officiel et le média social… Une collègue de CNN, qui avait fait un reportage incroyable sur le Bahreïn, a dû démissionner car le Bahreïn a payé CNN 10 millions de dollars. Ici ou là-bas, il y a le problème de la censure.

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