Droits Humains

La Gay Pride du 24 juin à Paris

La marche des fiertés LGBT+ de Paris se tiendra le 24 juin de 14h à 19h de la place de la Concorde jusqu’à place de la République. Le  40ème anniversaire de la Gay Pride est l’occasion de revendiquer des libertés fondamentales et de lutter contre les discriminations dans un contexte actuel difficile.

La marche du 24 juin 2017

Le 25 juin 1977, la première marche indépendante pro-LGBT française a lieu à Paris, depuis la place de la République à la salle des Fêtes. 40 ans plus tard, la Gay Pride (ou Marche des fiertés en français) est devenue un événement annuel, qui célèbre les communautés LGBT+ et revendiquent leurs droits. Alors que le contexte international est difficile compte tenu de la montée de l’extrême droite, du repli traditionaliste et surtout des persécutions en Tchétchénie, les 40 ans de lutte pour les droits LGBT+ sont un symbole d’autant plus important aujourd’hui. La Gay Pride lutte depuis sa création contre les discriminations fondées sur les mœurs, l’orientation ou l’identité de genre, dans le cadre de la promotion des droits humains et des libertés fondamentales. C’est l’occasion d’assumer et d’affirmer, ses différences.

Plus de 200 bénévoles, un demi-million de participants, et 90 organismes (associations, partis politiques, syndicats) participent à la marche. La marche clôture la Quinzaine des fiertés qui a lieu du 9 juin au 29 juin. Né en 2016, elle est organisée par l’inter-LGBT. Différents événements politiques, sportifs, culturels sont organisés comme des débats, conférences, projections, soirées festives. A Paris, la marche se termine par le Grand Podium, un ensemble de concerts prenant place soit à République ou Bastille. L’ambiance se veut festive mais le message reste là, dissimulé sous les chants et les danses.

L’inter-LGBT

L’inter-LGBT (Lesbian and Gay Pride, Ile de France) a été créée en 1999, elle regroupe 60 associations.  

Elle est à l’initiative de la marche des fiertés, mais se charge aussi d’organiser le printemps des associations depuis 18 ans. Il s’agit du plus grand salon LGBT+ de France qui regroupe plus de 100 associations. Ce sont deux jours d’interventions, d’ateliers, de débats, d’expositions et d’activités animés par les associations. Plus de 5000 personnes sont venues à la rencontre de ces associations en 2016.

Historique

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La Gay Pride a été organisée pour la première fois suite à des émeutes, ayant eu lieu dans le quartier de Greenwich à New York, dans le bar gay Stonewall Inn en 1969. Dans les années 1950 et 1960, les homosexuels subissent de nombreuses discriminations aux États-Unis où même le système juridique est homophobe. Par exemple, il est interdit de servir de l’alcool à des gays, et ces derniers ont interdiction de danser les uns avec les autres. Après la Première Guerre Mondiale, beaucoup de quartiers gays et lesbiens commencent à se développer, ce qui aboutira à une véritable révolution culturelle, une libéralisation de l’homosexualité. À l’époque, les mouvements sociaux se développent massivement dans tout le pays. On peut citer ici les mouvements contre la ségrégation tel que celui des Blacks Panthers ou encore les manifestations pacifistes contre la guerre du Vietnam. La fin des années 1960 se révèle alors très conflictuelle.

Le soir du 28 juin 1969, un raid de la police intervient au Stonewall Inn, où la situation dégénère en émeute. La police anti-émeute intervient : la Tactical Patrol Force. Parmi les 2000 personnes présentes, de nombreux hommes jugés trop efféminés ou travestis sont arrêtés par les 400 policiers. Après ce raid particulièrement violent, une série de manifestations spontanées et violentes s’organise. Le mouvement LGBT est né. En l’espace de six mois, des organisations gays sont créées pour rassembler les gens et mettre en place des actions. Brenda Howard, connu sous le nom de « mère de la fierté » est la première dirigeante du Gay Liberation Front et de la Gay Activist Alliance, les deux premières alliances gays.

Un an plus tard a lieu la première Gay Pride : le 28 juin 1970 en célébration de l’anniversaire de ces émeutes à Los Angeles et New York. S’organise ainsi tous les ans, la commémoration de l’émeute du Stonewall Inn sous forme de marches pacifistes. Le but de ces marches est de faire entendre les voix des minorités et de promouvoir l’égalité. En 1978, la communauté LGBT adopte le drapeau multicolore, qui symbolise la paix, la diversité et l’harmonie, créé par Gilbert Baker, un artiste et militant LGBT.

Aujourd’hui, sont également organisées des World Pride, des défilés qui durent une semaine dans des villes mondiales comme Londres en 2012 ou Madrid en septembre 2017.

Les discriminations aujourd’hui

Aujourd’hui, les droits LGBT+ sont loin d’être une banalité dans les pays et encore moins intériorisés par la population. Les problèmes d’intégration et de tolérance sont récurrents. Par exemple en France, les transgenres subissent des discriminations, pour s’insérer dans la vie quotidienne et professionnelle. Ils ne peuvent pas voter ou voyager simplement quand le genre ne correspond pas au nom. 

Par ailleurs, les actes homophobes repartent à la hausse en 2017. L’association SOS homophobie recense 1575 témoignages de harcèlement homophobe et constate qu’il y en a 19,5% de plus qu’en 2015. Bien que les harcèlements anonymes se multiplient, 15% des témoignages dénoncent des discriminations vécues au sein de la famille. Aziz, dans un témoignage paru dans Le Monde, s’interroge sur sa sexualité et rapporte les dires de son cousin : « Si j’ai un homosexuel dans ma famille, je lui plante un couteau dans le cœur ».

Le drame en Tchétchénie

Début mars, des membres de la communauté LGBT souhaitent organiser des Gay Pride en Tchétchénie. Mais en réaction, les autorités répriment et prévoient un nettoyage préventif. L’affaire éclate le 1er avril quand le journal indépendant Novaïa Gazeta (une des journalistes, Elena Milashina, se cachant actuellement pour assurer sa survie) accuse les autorités tchétchènes d’avoir arrêté des centaines d’homosexuels et de les avoir torturés. Le système de répression se compose de « camps de détention secrète » dont le plus gros se situe dans la banlieue de Grozny au sein même de la capitale tchétchène.

Les victimes sont détenues à plus de 40 dans des cellules, subissant des tortures répétées qui mènent parfois à la mort. L’usage des réseaux sociaux par les autorités permet de trouver d’autres victimes.

Le président Ramzan Kadyrov, au pouvoir depuis 2005, d’abord comme premier ministre et ensuite président depuis 2007, a tenu à dénoncer ces accusations. Le porte parole a même annoncé qu’il n’existait aucun homosexuel vivant sur le territoire tchétchène et que si c’était le cas, les familles s’occupent déjà de leur cas en les rejetant ou en les tuant.

Une amélioration de la situation semble compliquée pour le moment car le gouvernement lui-même nie les accusations et la déléguée des droits humains auprès du Kremlin, Tatiana Moskalkova est contre le développement des relations homosexuelles. De plus Poutine, allié naturel de la Tchétchénie, soutient la position du pouvoir en place.

Agir pour protéger les victimes

De nombreuses pétitions ont été lancées depuis la découverte des massacres demandant l’ouverture d’une enquête sur les tortures infligées aux homosexuels. Des associations LGBT ont déposé plainte à la Cour Pénale Internationale à La Haye le 16 mai contre le président Kadyrov pour génocide et  de nombreuses manifestations ont été organisées dans le monde entier.   

Le 29 mai, le président Macron rencontre Vladimir Poutine pour discuter de thématiques comme le conflit syrien, ou le cas de la Tchétchénie. Macron déclare qu’il faudra découvrir toute la vérité sur les accusations de tortures d’homosexuels en Tchétchénie. Et pendant ce temps, la France accueille le premier réfugié tchétchène sur son territoire. Les réseaux sociaux aujourd’hui sont un moyen très efficace pour faire pression sur les gouvernements, en faisant connaître le cas tchétchène, en organisant les marches des fiertés, nous pouvons aboutir à une prise de conscience des droits LGBT+ qui sont fondamentaux. 

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Pour aller plus loin

    • Milk, de Gus Van Sant (2008). Récit autobiographique de l’activiste et homme politique, Harvey Milk dans les années 70. Il a été le premier conseiller municipal de la mairie de San Francisco a déclaré publiquement qu’il était gay.
    • Pride, de Matthew Warchus (2014). Comédie/Drame, c’est l’histoire d’une Union pour mineurs se ralliant aux groups activistes gays et lesbiens dans le Royaume-Uni de Thatcher. On ne peut que vous le conseillez, voyez vous-même ! 

Jade Roberts, Lettres Sciences-Po Université de Poitiers

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