International, Politique

Brexit : Un an Après

Le 24 juin 2016, le Royaume-Uni a voté à la majorité, par référendum, de quitter l’Union Européenne. Un an après ce coup d’éclat politique, certaines questions demeurent au sein de la communauté anglo-saxonne sur l’avenir des quatre pays membres du Royaume-Uni: l’Angleterre, l’Irlande du Nord, l’Écosse et le Pays-de-Galles. En outre, les divisions entre les eurosceptiques et les libéraux internationalistes continuent d’animer la vie quotidienne.

Quelles conséquences pour le Royaume-Uni de Theresa May ?

Il est clair que certains aspects négatifs vont survenir suite à ce départ théâtral. David Cameron, prédécesseur de la Première ministre anglaise Theresa May, a appelé à faire voter le peuple pour prouver que celui-ci souhaite rester dans l’UE. Coup de tonnerre : avec 72% de participation, le référendum proposé par le Premier ministre passe à 51,9 % et ouvre les portes à l’anxiété post-Brexit. Le bilan s’avère lourd de conséquences, ce que les médias ne manqueront pas de souligner. Le Royaume-Uni va tout d’abord subir la perte de ses bénéfices dus à des accords commerciaux, ce qui conduira à la renégociation de ceux-ci sur 10 ans. Il devra désormais payer un supplément de 5,6 milliards d’euros pour exporter en Europe. Ainsi, nous nous attendons à voir l’attractivité économique du Royaume-Uni en baisse, et ce principalement en raison de la chute du pouvoir d’achat anglais ; chaque famille perdra plus ou moins 4 300 livres sterling par an. Alors, comment pouvons-nous expliquer que le Royaume-Uni en soit arrivé à ce stade ?

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Une histoire complexe avec l’Union Européenne

La relation délicate entre le Royaume-Uni et l’Europe ne date pas d’hier. En 1963, le Royaume-Uni tente de s’intégrer à la CEE créée en 1957 suite au Traité de Paris. Cependant, Charles de Gaulle refuse cette intégration pour préserver la suprématie française au sein de cet accord économique européen. Suite à de nombreux efforts, le Royaume-Uni arrive enfin à intégrer la CEE en 1972, mais connaît un premier moment d’incertitude trois ans après. Un référendum montre alors que 67% de la population désire pourtant y rester. En 1984, Margaret Thatcher, la dame de fer et Première ministre du Royaume Uni, crée une friction entre la CEE et le Royaume Uni. Ce dernier est le pays qui contribue le plus au budget communautaire, alors que c’en était l’un des membres les plus pauvres. En effet, 70 % des subventions de la CEE vont au secteur agricole, mais l’économie du Royaume-Uni ne se base que très peu sur ce secteur. Il ne reçoit donc pas une part élevée des subventions. Suite aux négociations, la contribution du Royaume-Uni au budget de la CEE passe de 20% à 12%. Cette attitude de repli est celle adoptée actuellement par les eurosceptiques britanniques, qui estiment que leur contribution à l’Union Européenne est disproportionnée et donc injuste. Tony Blair, élu en 1997, essaiera de renouer avec l’amitié anglo-européenne.

Un débat fortement politisé

En outre, ce pays fut marqué par une grande instabilité pendant de nombreuses années, instabilité illustrée notamment par la montée de l’islamophobie que l’on peut corréler avec les attaques du 7/7 (attentat du 7 juillet 2005 à Londres) et la crise des réfugiés, ainsi qu’un sous-financement des secteurs publics tel que le NHS (l’équivalent de la sécurité sociale en France) et l’éducation. Il y a donc une montée de la mentalité “anti-establishment”, avec par exemple le groupe extrémiste UKIP mené par Nigel Farage. Celui-ci fut un acteur-clé dans la montée de l’atmosphère anti-européenne au Royaume-Uni. Devant le parlement Européen, en 2013, il salue le point de vue de Mme Thatcher, qui « a vu qu’il était question de supprimer les démocraties des États-nations, et de remettre ces droits dans les mains de gens irresponsables ». Pour lui, le fait d’être dépendant de l’Union Européenne nuit au bien-être du pays, conduisant aux crises du secteur public listées précédemment. Ceci est assez paradoxal, puisque le Royaume-Uni contribue à hauteur de 12% au budget européen, derrière la France qui représente 14,56%, alors qu’elle a une population équivalente.

N’est-il donc pas imparfait de ne comprendre l’attitude anti-européenne qui existe au Royaume-Uni qu’à travers l’analyse de l’histoire anglo-européenne post-deuxième Guerre Mondiale ? Paul Taggart, professeur de sciences-politiques au Royaume-Uni à l’Université de Sussex, nous livre son sentiment. Selon lui, les débats politiques au sujet de l’Europe et leur médiatisation a mené à un questionnement et à une méfiance populaire, qui n’existait pas il y a quelques années : « Je crois que l’euroscepticisme est un aspect des politiques du Royaume-Uni et une conséquence du système des partis. Les conservateurs ont toujours une division qui représente le conflit entre le libéralisme économique et le nationalisme. […] Je pense que la politique est la raison pour laquelle le public voit l’Union Européenne et non l’inverse. » Parmi les Britanniques favorables à l’idée d’une unité européenne, les 18-24 ans ont voté contre le départ du Royaume-Uni. Parce qu’ils sont sous-représentés dans les médias, nous leur avons posé quelques questions pour connaître leur ressenti et leur vision du futur.

A la rencontre des étudiants britanniques contres le Brexit

britain-eu

Entretien avec Jeff Thomas, étudiant en Anthropologie à l’Université de Sussex

  • Quel est ton ressenti vis-à-vis du fait que le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’UE ? Quels sont tes souhaits pour l’avenir du pays ?

En temps qu’étudiant, le fait de quitter l’UE m’inquiète pour mes amis étrangers à l’Université, car leur futur au Royaume-Uni est incertain. Concernant le futur, le fait de quitter l’UE, pour moi, est un pas en arrière. Nous sommes à un point dans le monde contemporain où les politiques et gouvernances doivent être plus inclusives, la politique d’aujourd’hui doit impérativement se dissocier du nationalisme et de la division – je vois le Brexit comme un acte contre-productif à celle-ci. Les vieilles générations veulent que les choses soient comme au siècle précédent, mais vu que les temps changent et les subtilités du monde se développent, nous devons nous adapter en tant que nation et faire ce qui est bon, au lieu de vouloir retourner au passé nostalgique.

Entretien avec Lola Karpf, étudiante en Développement International à l’Université de Sussex

  • Quel a été ton premier ressenti après que le Royaume-Uni ait décidé de quitter l’UE ?

Après que le Royaume-Uni décide de quitter l’UE, j’étais choquée et déçue parce qu’on ne s’y attendait pas et les sondages prédisaient qu’on y reste. Au début j’étais assez triste et je ne voulais pas y croire, mais après j’ai commencé à mieux comprendre pourquoi cela s’est produit.

  • Est-ce que tu as du ressentiment envers certains groupes sociaux qui ont voté pour quitter l’UE ?

Au début, j’étais furieuse contre la majorité des personnes âgées qui ont voté de quitter et aussi, je dois l’admettre, contre les classes populaires qui, je sens, ont pour la plupart voté pour quitter l’UE. Cependant, aujourd’hui je me sens mal d’avoir pensé cela, mais à ce moment-là, j’étais énervée que les personnes de classes populaires ne connaissent pas les faits et aient voté de manière aveugle. Mais aujourd’hui, j’ai un point de vue différent. C’est plus complexe que de dire qu’une certaine démographie a voté de cette manière, donc pense cela. Comme moi, les gens ont voté d’une manière ou d’une autre pour une multitude de raisons différentes. Et en tant qu’individu issu de la classe moyenne, en aucun cas je ne peux comprendre les expériences vécues par certaines personnes. Cela n’exclut pas le fait que je ne suis pas d’accord avec le vote de certains, mais je vais essayer d’être plus compréhensive.

Le Brexit : cause du populisme ?

Le Brexit souligne alors un problème plus vaste que les conséquences économiques et sociales, sûrement désastreuses pour le Royaume-Uni, dues à son retrait de l’UE. Aujourd’hui, la montée du populisme est un phénomène répandu dans les pays développés. Dans le cadre du Brexit, 80% des personnes qui ont voté pour le retrait pensent que le multiculturalisme est une mauvaise chose pour la société, et 71% trouvent qu’internet est une mauvaise chose. Ceci est regrettable, car nous sommes en période de globalisation mais nous nous trouvons parfois incapables d’échanger avec les autres malgré nos ressources vastes. Il nous arrive d’être submergés dans un océan de médiatisation de masse et de ‘Fake News’, qui nous pousse inconsciemment à créer des images fausses et des a priori sur les autres. C’est donc à nous de repenser des moyens pour mieux communiquer afin de promouvoir la tolérance et la paix.

 

 

 

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2 réflexions au sujet de “Brexit : Un an Après”

  1. Cet article nous permet de mieux comprendre comment le Royaume Unie a fait le choix du Brexit et nous permet de mieux reflechir a comment adopter dans tous les pays une politique plus inclusive de toutes les categories socio-economiques pour faconner notre monde de globalisation de maniere plus equitable et plus respectueuse de notre environnement. Nous pourrons ainsi nous diriger vers plus de tolerance et plus de paix.

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