International, Politique

Les lycéennes de Chibok

Trois ans après, où en est la situation ?

Le 6 mai dernier, 82 lycéennes de Chibok ont retrouvé la liberté. Pour elles, cela a été la fin d’un cauchemar de trois ans. Le soir du 14 avril 2014, malgré les menaces du groupe terroriste Boko Haram contre des établissements scolaires de la région de Borno (au Nord-Est du Nigeria), le lycée de Chibok avait décidé d’organiser les épreuves de sciences du baccalauréat. Ce jour-là, 276 lycéennes ont alors été enlevées et emmenées pour être mariées de force à des combattants djihadistes. Les premières libérations eurent lieu dès la nuit suivant les enlèvements. 57 filles avaient alors pu s’échapper des mains de leurs ravisseurs. Rapidement, le monde s’est ému de ce rapt sans précédent. Au Nigeria, un mouvement appelé « Bring Back Our Girls » organisa des manifestations de soutien. Le nom du mouvement devint alors un slogan repris dans le monde entier, y compris par des personnalités de premier plan, telle que l’ancienne première dame des États-Unis, Michelle Obama, mais aussi Hillary Clinton, ou bien encore Christiane Taubira. Malgré cette importante mobilisation internationale, il faudra attendre octobre 2016 pour que les autorités nigérianes réussissent à négocier la libération de 21 lycéennes, suivi par la libération de 82 autres lycéennes le 6 mai 2017.

Quel avenir pour ces filles ? Il est encore trop tôt pour le dire, du moins pour celles qui ont été libérées récemment. Pour celles qui ont été libérées le 6 mai, elles n’ont retrouvé leurs parents que trois semaines plus tard, après avoir été séparées et isolées par les autorités nigérianes, ce qui leur a valu les critiques de l’ONG Human Rights Watch. Épuisées, amaigries, l’une des filles est revenue avec un enfant de deux ans, d’autres sont revenues amputées d’une jambe ou d’une main. Le retour à la vie normale prendra du temps pour ces adolescentes de Chibok. Pourtant, une lueur d’espoir subsiste pour certaines. Fin mai 2017, deux des lycéennes qui avaient pu s’évader juste après les enlèvements ont obtenu leur baccalauréat, à Washington D.C. aux États-Unis. Elles ont pu suivre leurs cours et effectuer leurs examens grâce à l’association « Education Must Continue », qui a aussi fait venir leurs parents de Chibok pour la remise des diplômes.

Mais trois ans après cet enlèvement massif, 113 lycéennes n’ont toujours pas retrouvé la liberté. Leur libération se révèle compliquée pour les autorités nigérianes. Face à eux, Boko Haram n’est plus un groupe homogène.
En effet, le groupe s’est divisé en deux factions. En 2015, Boko Haram, par l’intermédiaire de son leader Abubakar Shekau, a prêté allégeance à l’État Islamique (Daech). L’année suivante, ce dernier a destitué Shekau. Il le remplace par Abou Mosab al-Barnaoui, le fils de Mohamed Yusuf (le fondateur de Boko Haram). Dès lors, le groupe se scinde en deux. D’un côté, le Boko Haram de Shekau ; de l’autre, le Boko Haram de Al-Barnaoui, connu sous le nom d’État Islamique en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, les deux groupes sont en conflit armé l’un contre l’autre. C’est un avantage pour le Nigeria et la communauté internationale dans leur lutte contre ces terroristes. C’est aussi un inconvénient pour permettre la libération des lycéennes, car il est difficile de déterminer avec exactitude qui les détient désormais.

Néanmoins, quels que soient leurs ravisseurs, un point commun demeure. C’est celui qui les amène à enlever et détenir des centaines de Nigérians, dont les lycéennes, mais aussi depuis le début des années 2010 des Nigériens, des Camerounais, et même des Français. Boko Haram a besoin de se financer. Le groupe dispose de plusieurs types de revenus. L’un d’eux est la prise d’otages. C’est un trafic qui peut rapporter beaucoup, surtout si les personnes enlevées ont une valeur importante. Ces personnes sont généralement des occidentaux, mais aussi des personnalités médiatiques. Ainsi, la médiatisation massive des lycéennes de Chibok a donné une valeur financière plus importante au groupe. En 2014, en échange de la libération d’une famille de sept Français, Boko Haram a pu négocier la somme de trois millions de dollars ainsi que la libération de 16 combattants emprisonnés. Une opération lucrative pour le groupe terroriste. Ainsi, les lycéennes de Chibok deviennent alors échangeables contre de l’argent, mais aussi des combattants.

Cela a été l’enjeu de négociations entre le gouvernement nigérian et les adeptes d’Abubakar Shekau depuis trois ans. Quelle somme accorder au groupe ? D’un côté, la vie des jeunes filles est en jeu. De l’autre, le risque de financement du groupe accroît sa force, sa menace, et par conséquent, la possibilité qu’il commette d’autres enlèvements, ce qui engendre un véritable cercle vicieux.

C’est ainsi que les négociations pour la libération en mai dernier de 82 lycéennes ont duré plusieurs semaines entre les représentants de Boko Haram et ceux du Nigeria. Officiellement, l’échange des filles s’est réalisé contre trois à cinq commandants tchadiens du groupe terroriste, le chiffre variant selon les sources. Boko Haram aurait alors accepté d’échanger la vie des lycéennes contre celles de ses hommes suite à un bombardement qui l’aurait privé de commandants. Officieusement, le groupe a toujours exigé un échange contre une somme d’argent, une somme qui, selon certaines sources provenant du groupe chargé des négociations avec Boko Haram, aurait bien été versée.

Selon le gouvernement nigérian, la défaite de Boko Haram est désormais proche. Si celle-ci se confirme, elle laisse un espoir de retrouver les dernières lycéennes de Chibok en vie. Mais après plus de trois années de captivité, durant lesquelles beaucoup d’entre-elles ont été mariées de force, l’interrogation demeure sur les conditions de santé de celles-ci, et inquiète les ONG, les autorités locales et les parents sur le retour de leur filles.

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