Développement économique et social durable, Pauvreté et inégalités

Entre crise alimentaire et « famine » : le poids du mot

Lorsqu’une « crise alimentaire » est officiellement qualifiée de « famine », il est bien souvent déjà trop tard. Si les débats peuvent paraître anodins et uniquement sémantiques, ils ont cependant d’importantes conséquences en terme d’intervention et d’urgence humanitaire. En voici l’illustration à travers le cas du Soudan du Sud, plus jeune État du monde.

Une définition scientifique précise

Le terme « famine » n’est pas employé à la légère. Depuis 2004, une échelle servant à déterminer le degré d’insécurité alimentaire, appelée « integrated phase classification »  (IPC), a été établie par un consortium d’institutions et d’ONG. La phase trois correspond à une « crise alimentaire », tandis qu’il faut attendre la cinquième et dernière phase pour qualifier la pénurie de « famine ».
Ainsi, l’ONU n’utilise désormais le terme de « famine » que si trois critères dramatiques spécifiques sont réunis : plus de 20% d’une population d’une région doit souffrir de pénurie alimentaire extrême ; plus de 30% de cette même région doit être atteinte de malnutrition extrême ; et enfin le taux de mortalité de cette même région doit être supérieur à deux personnes sur 10 000 par jour.
Pour autant, la situation de « crise alimentaire » ou « d’urgence alimentaire » (phase 4 de l’IPC) sont dors et déjà à considérer avec gravité. En effet, trois des organes de l’ONU que sont le FAO (Fonds pour l’agriculture et l’alimentation), l’UNICEF (Fonds pour l’enfance) et la PAM (Programme alimentaire mondial) estiment que « lorsqu’on déclare officiellement l’état de famine, cela veut dire que les gens ont déjà commencé à mourir de faim ».

Le Soudan du Sud, seul pays déclaré en état de « famine »

La Somalie, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, l’Ouganda, Djibouti, le Kenya et dans une moindre mesure la Tanzanie… La crise alimentaire actuelle tend à muer en catastrophe. Le secrétaire adjoint du Conseil de Sécurité des Nations unies, Stephen O’Brien, estime que « 20 millions de personnes sont menacées par la faim et la famine » en Afrique de l’Est. Or, le Soudan du Sud est le seul pays à avoir été déclaré en état de « famine », dans deux régions. En effet, en février 2017, l’ONU estime que 100 000 sud-soudanais sont touchés par la famine et que, dans les mois à venir, un million pourrait être menacés. En juin 2017, cet état de famine a été suspendu : les deux régions sud-soudanaises ne correspondant plus aux critères de la phase 5. Cela signifie-t-il que la situation alimentaire s’est améliorée ? Selon La Croix, « le nombre de personnes en situation « d’urgence alimentaire » a augmenté. Il touche ainsi 1,7 million de Soudanais, contre un million en février. »

La guerre civile au cœur du problème

Si parfois la pénurie alimentaire est due à des conditions climatiques extrêmes (réchauffement, sécheresse, destruction des récoltes, etc), souvent elle est en réalité due aux actions des hommes. Dans le cas du Soudan du Sud qui connaît une guerre civile d’une grande violence, le blocus alimentaire pourrait être utilisé comme une arme de guerre (Alan Boswell, chercheur spécialiste de la région). Ainsi, cette famine délibérée serait le reflet de rivalités à la fois politiques et ethniques du camps présidentiel et de celui de l’opposition, guidée par le vice-président. À ces acteurs, s’ajoutent différentes factions qui ont pris le contrôle des territoires affamés et se servent de cette situation d’extrême faiblesse pour asservir la population.

Si l’aide humanitaire est indispensable, elle ne peut être durable : la paix politique et la restructuration de l’État est, dans le cas du Soudan du Sud, la seule solution viable à long terme, à cet état de famine.

Leïla Peltier Bonneau et Noémie Aubel

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