Éducation, Médias

Emmanuel Macron et les médias

Si les médias défendent le pouvoir en place aussi ardemment, c’est bien parce que ce sont eux qui ont porté le candidat qu’ils estiment le mieux apte à défendre leurs intérêts. En modifiant les temps d’exposition de tel ou tel parti, les médias font réellement l’élection, comme cela a été le cas en mai dernier. L’idéologie que les rédactions souhaitent diffuser est profondément libérale, atlantiste, favorable à l’Union européenne ou une autre forme de construction européenne, ainsi que belliqueuse. Un candidat comme Emmanuel Macron ne pouvait pas mieux coller à ce type de description.

De Terre de Vins à Sciences et Avenir, la construction d’un candidat par les médias

L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République ne doit rien au hasard : elle est le fruit avant tout des médias instrumentalisant leur audience. Lorsque, durant la campagne présidentielle, M. Macron livre un entretien à un magazine comme Terre de Vins ou participe à un évènement organisé par Challenges et Sciences et Avenir, difficile de percevoir autre chose qu’une manœuvre politicienne pleinement assumée par les propriétaires des dits médias. Construire le personnage Macron avait déjà commencé avec sa nomination en août 2014 au ministère de l’économie, qui avait à l’époque fait grand bruit en France mais aussi à l’étranger alors qu’il était à l’époque un parfait inconnu aux yeux du grand public. Sa démission deux ans plus tard, pour lancer son parti s’affranchissant du clivage droite-gauche, fit tout autant de fracas. Pensez bien : un jeune homme d’une trentaine d’années, ambitieux, libéral et ancien banquier d’affaires chez Rothschild ayant travaillé sur de gros dossiers comme la vente… du journal Le Monde par exemple. Gardons à l’esprit par ailleurs que Pierre Bergé, un des nouveaux actionnaires du Monde, figurera parmi les soutiens de M. Macron à la présidence de la république. A partir de là, nous pouvons mieux comprendre un tel engouement des plus grands bénéficiaires du capitalisme et des politiques libérales pour ce banquier qui sortait de nulle part. Il ne restait qu’à mettre en place un matraquage médiatique en bonne et due forme, une propagande pour faire élire un candidat qui répond enfin aux attentes des Français, ou du moins à la classe la plus riche de la nation.

Une campagne marketing aux petits oignons

Produit marketing, le candidat Macron a parfaitement été vendu aux millions d’électeurs qui ont voté aux élections présidentielles mais aussi aux élections législatives. Son nom et son visage ont été affichés sur des dizaines et des dizaines de couvertures en quelques mois, ne laissant à ses concurrents que des miettes. La création de cette bulle médiatique autour d’un seul candidat a toutefois été démentie par les principaux médias protagonistes, non sans une bonne dose de mauvaise foi. Mais les faits parlent d’eux-mêmes : quand Jean-Luc Mélenchon ou François Fillon se font littéralement torpiller, le premier étant critiqué pour son programme irréaliste quand il commençait à tutoyer le deuxième tour et le second pour ses affaires judiciaires très relayées, les médias dans le même temps, ne tarissaient pas d’éloges sur Emmanuel Macron qui incarnerait un prétendu renouveau de la politique – il devrait vraisemblablement recycler le social-libéralisme de son prédécesseur François Hollande. En réalité, pour les grands patrons du CAC 40, les deux premières personnalités, issues du mouvement la France Insoumise et du parti Les Républicains, ne leur convenaient pas vraiment, pas plus que la frontiste Marine Le Pen. C’est bien M. Macron qui a leurs faveurs, lui qui comprend si bien les multinationales et leurs problèmes très éloignés de l’intérêt du peuple.

Une idéologie qui lie les médias, et leurs directeurs

Les médias, prétendant être en guerre avec leurs concurrents, sont en fait liés entre eux par leurs idées communes, et leurs connivences – même s’ils ne résistent parfois pas à la tentation de s’envoyer quelques piques par titres interposés. Les directeurs de rédactions s’échangent leurs postes respectifs comme s’ils n’étaient que de simples pions, qui n’avaient qu’une idéologie néolibérale empruntée aux actionnaires tout-puissants à respecter et à faire respecter par leur équipe. Ainsi, Le Nouvel Observateur, Le Point, Marianne, ou encore Libération ont eu des directeurs communs, tels que Laurent Joffrin ou Franz-Olivier Giesbert pour ne citer que les plus connus. Nous pensons que tous les titres de la presse françaises sont indépendants les uns des autres, tant au niveau des idées qu’au niveau des liens qu’ils tissent ? Détrompons-nous, la réalité est bien pire que cela.

Macron et les milliardaires, une relation fructueuse

Emmanuel Macron a tissé des liens très étroits avec les grands groupes médiatiques depuis des années, que ce soit avec Vincent Bolloré, propriétaire de Canal+, Patrick Drahi, qui possède entre autres Libération et BFM TV, ou encore Xavier Niel, qui a acheté L’Obs ou encore Le Monde. Ces liens ont été établis lorsque ces hommes d’affaires ont décidé d’acheter les médias qu’ils possèdent aujourd’hui, en étant conseillé par M. Macron lorsqu’il était banquier. La liste précédemment établie n’est toutefois pas exhaustive : nous pourrions y rajouter entre autres Bernard Arnault parmi les soutiens non officiels de M. Macron, qui lui possède Le Parisien-Aujourd’hui en France ainsi que Les Echos… Ce dernier journal est d’ailleurs accusé d’avoir censuré une chronique d’un intervenant extérieur qui avait évoqué François Ruffin, qui a égratigné le propriétaire du journal dans son film « Merci Patron ! », César du meilleur documentaire de l’année 2017. Les ciseaux d’Anastasie sont passés du secteur public au secteur privé : la censure se privatise, l’influence exercée par les milliardaires est désormais prédominante. Et aucun grand titre n’a jugé nécessaire de dénoncer ces liens entre un banquier devenu politicien et des médias ayant choisi ce politicien pour gouverner la France pendant (au moins) cinq ans. Notre pays se targue d’être une démocratie, respectant les droits de l’Homme et faisant la leçon aux autres nations plus autoritaires : peut-être devrions-nous commencer par balayer devant notre porte, parce que nous sommes loin d’être irréprochables.

L’élection d’Emmanuel Macron n’a fait que mettre en exergue le pouvoir des milliardaires sur l’information ; les médias « macronistes » n’ont que mollement nié avoir influé sur l’élection au point d’élire leur propre candidat, qui par ailleurs n’avait jamais été élu pour un quelconque mandat local ou national par le peuple. C’est l’avènement du vote utile en lieu et place du vote de conviction : la sphère médiatique s’est empressée de faire des concurrents de M. Macron à la présidence, des menaces pour la démocratie. Après tout, qui d’autre que M. Macron était le mieux placé pour diriger la France ? Certainement pas l’extrême-droite ni l’extrême-gauche, assimilées l’une à l’autre délibérément par des journalistes souhaitant affaiblir ces deux factions pour mieux faire gagner leur champion. C’est le triomphe de l’oligarchie, et de la connivence entre les médias, les puissances de l’argent et la politique. Ou comment le pouvoir politique français est désormais à la solde des lobbies industriels et financiers. Comment considérer le président légitime lorsqu’il a été porté par de tels lobbies dont il est lui-même issu, et alors que la majorité de la population n’a pas voté pour l’élire, ni lors de l’élection présidentielle, ni lors de l’élection de l’élection législative ? Ne passe-t-on pas, dans ce contexte, d’un président du peuple à un président de l’élite ?

Le plus ironique dans cette histoire est que les mêmes médias qui ont contribué à orienter l’élection présidentielle s’inquiètent maintenant du respect à géométrie variable du gouvernement vis-à-vis de l’indépendance des médias, mais aussi de la protection des sources. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter ; après tout, nous avons élu un président selon notre libre-arbitre, et dans notre démocratie, des contre-pouvoirs existent. Même si, après avoir donné la majorité absolue à l’Assemblée nationale au parti d’Emmanuel Macron, et après que celui-ci ait reconduit l’état d’urgence, ils s’amenuisent… Et si le quatrième pouvoir avait pris l’avantage sur les trois autres ?

 


 

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