International, Politique

Le Venezuela envoie un message au monde

L’opposition forme un gouvernement d’unité et appelle à la grève, après avoir tenu un référendum symbolique qui a obtenu près de 7,2 millions de votes contre la consultation constituante de Maduro.

Le Venezuela fait savoir au monde que son peuple souhaite renverser la situation de crise économique dans laquelle il vit submergé depuis longtemps et il se ligue contre le gouvernement du président Nicolás Maduro.

Les manifestations et les violences ont débuté en avril suite à diverses décisions soutenues par l’exécutif du pays, telles que la décision du Tribunal Suprême de Justice (TSJ) de s’arroger les compétences de l’Assemblée Nationale vénézuélienne, contrôlée par l’opposition, et la déclaration d’inhabilité des dirigeants politiques. Le TSJ a justifié ces actions en raison « d’outrage » de la part de l’assemblée. En définitive, des mesures qui remettent certainement en cause la séparation des pouvoirs.

À cela s’ajoute un contexte social et économique très tumultueux, même s’il diffère légèrement de celui de la vague de manifestations vécue au Venezuela en 2014, car cette fois-ci la crise économique est beaucoup plus importante en raison de la chute des prix du pétrole, qui a aggravé encore plus la pénurie alimentaire et de produits de première nécessité, la conduisant à un désapprovisionnement presque chronique. L’opposition, dirigée par Henrique Capriles, culpabilise Maduro de cette crise alimentaire et d’avoir, à son tour, converti le pays en une dictature.

De ce fait, et suite aux décisions prises par le gouvernement, l’opposition a mobilisé la population et demande des élections présidentielles anticipées. Des manifestations et des violences ont suivi contre – mais également pour – Maduro et son exécutif, qui ont répondu à celles-ci avec la signature, le 1er mai, d’un décret de convocation à une Assemblée Nationale Constituante, soumise au vote par consultation le 30 juillet (sans approbation préalable de la population). Cette Assemblée aurait pour but de mettre en place des réformes de l’État et de rédiger une nouvelle constitution, bien que cette dernière ne serait pas approuvée par référendum mais par l’Assemblée constituante elle-même.

En réponse à cette convocation et au fait qu’une telle constitution ne soit pas soumise au vote, la population a continué à se manifester et les violences ne se sont pas non plus arrêtées, laissant un bilan de plus d’une centaine de morts dans des pillages avec des gaz lacrymogènes, des barricades, des fusillades des forces de l’ordre, des fusillades entre bandes criminelles, mais également des assassinats, avec des personnes parfois brûlées vives. L’une des attaques les plus médiatiques a été celle menée contre les sièges du Tribunal Suprême de Justice et du Ministère de l’Intérieur, dont un pilote qui a tiré et lancé des grenades depuis un hélicoptère.

Les révoltes de 2014 avaient fini avec 43 morts et la détention du dirigeant de l’opposition Leopoldo López, qui a récemment obtenu l’assignation à résidence après avoir été condamné à 14 ans de prison pour incitation à la violence. Cette fois-ci, opposition et gouvernement sont sortis dans la rue pour imposer leurs forces respectives. Ils s’accusent mutuellement de fomenter un coup d’État.

L’opposition a qualifié les mesures du gouvernement de fraude et l’a aussi accusé d’avoir coopéré avec le Conseil National Électoral (CNE) et le TSJ dans le but de monopoliser le pouvoir.

À cet égard, l’opposition a convoqué la population à un référendum symbolique, qui leur permettra d’envoyer un message au monde beaucoup plus créatif et participatif. La population a donc été appelée à participer à ce référendum contre l’exécutif de Maduro et contre l’assemblée constituante le même jour que la simulation des élections constituantes de Maduro. Certainement pas une coïncidence.

Ce référendum a posé trois questions aux vénézuéliens. D’abord, il leur a demandé s’ils souhaitaient rejeter l’assemblée constituante formée sans l’approbation du peuple, car elle ne peut pas représenter la population ; puis s’ils souhaitent que les forces de l’armée nationale bolivarienne obéissent et protègent la constitution de 1999 et soutiennent les décisions de l’Assemblée Nationale ; et, finalement, si la population approuve la rénovation des pouvoirs publics, la tenue des élections et la formation d’un gouvernement d’unité nationale.

Les violences n’ont pas été stoppées durant cette journée, qui a laissé un bilan de 2 morts dans une fusillade menée par des hommes armés et visant la file d’attente d’un centre de vote. Néanmoins, cette consultation, qui a vu la mise en place de bureaux de votes dans près de 500 villes à l’étranger, a obtenu 7,2 millions de votes – sur un total de 19,5 millions de personnes habilitées au vote –, un chiffre inférieur aux 7,7 millions de votes que l’opposition a obtenu au cours des élections législatives de 2015.

Pourtant, si le caractère invalide de ce référendum le rend inapplicable, le jeu politique symbolique n’en demeure pas moins très fort. Le Venezuela a envoyé un message très clair au monde : le changement du système établi. Une grande partie de la population avait voté pour Maduro en accord avec les consignes de Chávez, mais ils se sont désormais rendu compte que Nicolás Maduro avait détruit l’héritage de Chávez.

Le lendemain du vote, l’opposition a déclaré que la lutte rentrait maintenant dans une nouvelle phase et a annoncé les premières mesures du mouvement appelé hora cero, « heure zéro » en français, et incite au dialogue. Les opposants, regroupés sous la coalition Mesa de la Unidad Democrática (MUD), « Tribune pour l’unité démocratique » en français, affirment que si le dialogue n’est pas possible, ils formeront un gouvernement d’unité nationale.

Les partisans de Maduro, de leur côté, qualifient cette consultation de « sondage », en diminuant son importance et intensifient les détentions contre les dirigeants de la MUD. Nicolás Maduro n’est pas prêt à renoncer aux élections constituantes. À aucun prix.

Ce qui est certain, c’est que le Venezuela se divise de plus en plus, et le monde le regarde maintenant très attentivement. Il semble que le message ait bien été envoyé à l’extérieur.

Des congressistes colombiens et chiliens ont recouru à la Cour Pénale Internationale (CPI) et accusent le président du Venezuela de graves violations de droit international. Les États-Unis, pour leur part, ont averti le gouvernement vénézuélien de la mise en place d’importantes sanctions économiques si la décision finale de Maduro était de tenir ces élections constituantes.

De l’autre côté de l’Atlantique, les grandes administrations de 27 des 28 États membres de l’Union européenne envisagent également d’appliquer des sanctions au gouvernement de Maduro s’il convoque finalement ces élections constituantes. Seul le Portugal s’est montré contre cette mesure.

Le monde a compris le message envoyé après la consultation tenue ce dimanche. C’est maintenant au gouvernement vénézuélien d’écouter la voix du peuple.

 

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