Droits Humains

Quand la tolérance vire à la violence

Sorti au cinéma le 7 juin 2017, le documentaire intitulé « Le vénérable W. » montre la Birmanie et ses 90 % de bouddhistes au cœur d’un nettoyage ethnique visant la minorité musulmane des Rohingyas. Lorsque les leaders d’une religion tolérante et pacifique prônent la haine raciale, le chaos est proche…

Présenté en Séance Spéciale du Festival de Cannes 2017, le documentaire choc sur le moine bouddhiste birman Ashin Wirathu nous fait prendre conscience d’une très violente réalité : un génocide est en cours et ses auteurs ne sont autres que ceux censés prêcher la tolérance et la non-violence, et même en être des modèles. Ce constat est terrible. Dès les années 1970, une campagne de haine anti-musulmane se propage dans le pays, cachant des intérêts économiques très probablement dus à la découverte de pétrole, qui pourraient faire basculer la junte militaire au pouvoir. Le gouvernement avait peur de voir les musulmans s’approprier ces ressources naturels, représentant des milliards de dollars de revenus, à leur détriment.

Un ancien manuscrit, intitulé « La peur de la disparition de la race », interdit plus ou moins strictement selon les périodes et les intérêts du gouvernement birman,  a ainsi fait germer l’idée chez le moine Wirathu et ses disciples qu’il existerait une conspiration musulmane visant à remplacer la population bouddhiste via la reproduction massive des femmes musulmanes. S’en est suivie alors une véritable politique de lutte islamophobe, passant des discours de haine à des émeutes violentes, voire des incendies de maisons, de quartiers et de villages musulmans, en passant par l’attaque de mosquées. Une étape supplémentaire est franchie dans l’escalade de la violence bouddhiste avec le boycott des établissements musulmans, et du commerce avec cette minorité d’une manière générale, incluant par exemple la vente immobilière.

L’influence d’un moine comme Wirathu fait penser à celle d’un gourou, qui assène racisme, populisme, et nationalisme durant ses prêches, qu’il tient une quinzaine de fois par mois. En somme : c’est tout le contraire de ce que prône le bouddhisme. Cet extrémisme s’est traduit par la création du mouvement islamophobe 969, opposé au 786 de l’islam (une référence religieuse), ainsi que par celle de l’association Ma Ba Tha, bien davantage structurée et hiérarchisée, à la suite de l’interdiction du mouvement. Celle-ci disposait, par ailleurs, d’une équipe de communication entièrement dévouée à Wirathu, créant des DVD diffamant l’ethnie musulmane, et propageant des discours de haine sur les réseaux sociaux, au premier chef Facebook.

Leur idéologie a fini par être retranscrite dans la loi birmane. En 1982, est adoptée une loi sur la citoyenneté, privant ainsi les Rohingyas de la nationalité birmane alors même que leur présence dans la région a des racines historiques. Ils doivent, de plus, avoir une autorisation pour se marier. Aussi, nombre de restrictions leur sont imposées, ne faisant que marginaliser encore davantage leur minorité et aggravant les tensions.

La région du Rakhine, où les Rohingyas sont très présents, est le théâtre de ce génocide. La violence des images, et des bouddhistes traquant et frappant les musulmans avec des bâtons, en les brûlant parfois vifs, montre l’ampleur du phénomène et le pouvoir d’influence du gourou Wirathu, manipulant des foules entières totalement acquises à sa cause, dans un but de nettoyage ethnique. Une situation extrêmement dérangeante et effrayante à laquelle nous confronte le documentaire, rappelant, comme le dira un membre de la communauté musulmane interrogé durant le documentaire, le génocide des Nazis mené par Adolf Hitler. La comparaison peut sembler exagérée ; elle reflète pourtant parfaitement la haine des bouddhistes extrémistes birmans et l’horreur de la répression, qui s’est intensifiée au début des années 2010. La passivité, ou l’impuissance, d’une personnalité démocrate influente comme Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, n’en est que plus consternante.

Pour en savoir plus lisez notre article sur Aung San Suu Kyi.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s