Éducation, Culture

Tradition nationale ou maltraitance animale : un avenir sans corridas serait-il possible ?

Les corridas de taureaux représentent l’une des traditions espagnoles les plus connues dans le monde, mais également l’une des plus polémiques.

Bien que, parmi la population, la définition de « tauromachie » embrasse plusieurs termes, tels que « culture », « art », « tradition » ou « maltraitance » et « torture » – la liste pouvant être très longue -, l’Académie Royale Espagnole (RAE, pour son sigle en espagnol) établit que la « tauromachie » signifie « l’art de combattre des taureaux ».

À ce propos, la polémique trouve également sa place au sein du milieu institutionnel et politique espagnol avec, d’une part, la législation du gouvernement central, qui définit les corridas comme patrimoine historique et culturel du pays et, d’autre part, la législation des gouvernements autonomes, comme c’est le cas en Catalogne, en faveur d’une interdiction de ces pratiques.

Les origines de ces activités restent incertaines. Divers historiens considèrent que cette « tradition » remonte à Jules César et à l’introduction de la lutte entre le taureau et le matador armé avec une épée et un bouclier. Cependant, l’expression la plus moderne de ce que nous connaissons aujourd’hui comme corrida est apparue au cours du XIIème siècle en Espagne. Ainsi, des écrivains considèrent que la première référence historique d’une corrida à la Péninsule ibérique doit être attribuée au Cid Campeador.

Comment se déroulent les corridas?

La controverse sur ce sujet est donc servie. Examinez comment se déroule une corrida et décidez vous-mêmes quel terme définit le mieux cette pratique : « art » ou « maltraitance » ?

Le rituel se divise en trois parties, annoncées respectivement par le son d’une clarinette, et commence par le défilé et la salutation des participants dans l’arène (le matador, le picador, les banderilleros et les chevaux).

Premièrement, nous assistons à une phase d’observation dans laquelle le taureau « bravo » entre sur scène et le matador, à cheval, analyse le comportement et la férocité de l’animal. Quand le taureau essaie d’attaquer le cheval, le picador pique fortement l’animal par derrière, le but étant d’affaiblir la bête. Dans un second temps, les banderilleros s’occupent de planter les banderilles sur les épaules du taureau, ce qui le déstabilise et le rend furieux. Finalement, dans une troisième étape, le matador revient sur scène avec une cape rouge et une épée. Il dispose de 15 minutes pour tuer l’animal. Si à la fin du « spectacle », le public considère que le torero a fait une bonne prestation, il demandera au président, en agitant des mouchoirs blancs, une récompense pour le matador, à savoir les deux oreilles de l’animal.

Maintenant vous vous êtes sûrement décidés sur le terme à employer. Égalité de conditions entre humains et animaux ? En aucun cas le public ne demande une récompense lorsque c’est l’animal qui tue le torero. Inquiétant.

La valeur de l’industrie taurine, moteur de défense des pro-taurins

Les partisans de ces pratiques arguent que l’industrie taurine produit un grand impact sur l’économie du pays et qu’elle n’arrête pas de créer des emplois. Néanmoins, la réalité diffère de plus en plus de cette affirmation.

De nombreux rapports ont été rédigés par des experts pro-taurins et ensuite contredits par les associations qui se positionnent contre. Bien que, pendant des années, ces activités aient créé beaucoup de bénéfices pour les économies de ses pays respectifs, elles sont de moins en moins populaires et, donc, de moins en moins rentables. Il apparaît compliqué que le nombre de postes puisse augmenter si la tenue de ces activités est de moins en moins programmée. Il est également à noter que la moyenne d’âge du public assistant aux arènes dépasse actuellement les 55 ans, ce qui nous amène à être positifs sur le fait que les futures générations ne sont pas intéressées à ce sujet.

En outre, les anti-taurins remarquent que la célébration des corridas survit encore grâce aux subventions reçues – même si, à l’heure actuelle, celles-ci sont ne sont pas assurées par les nouvelles politiques appliquées par les nouveaux maires élus.

Choc entre administrations locales et centrales

Actuellement, les corridas sont autorisées dans huit pays : la Colombie, l’Équateur, l’Espagne – pays d’origine –,  la France, le Mexique, le Pérou et le Portugal.

Dans ces pays, nombreuses sont les organisations qui se sont regroupées contre ces pratiques, car elles considèrent celles-ci comme une cruauté contre chevaux et taureaux, non seulement dans les arènes, mais également au sein de fermes et au cours d’évènements populaires. Seulement pour le plaisir de quelques-uns face à la souffrance d’un animal innocent. Parmi ces associations, nous constatons également un côté plus « scientifique » représenté par un regroupement de vétérinaires.

De nombreuses manifestations ont aussi eu lieu dans les différents pays. Il y a ceux qui se manifestent pour l’interdiction totale de ces activités et d’autres qui demandent seulement que le taureau ne soit pas sacrifié. Certains ont réussi et la pression s’est avérée efficace afin d’éviter le sacrifice de la bête. Cependant, la tauromachie a réussi à survivre durant des siècles. Et elle l’a fait grâce à la volonté des gouvernements centraux.

En Espagne, le pays par excellence des corridas, par exemple, bien qu’il existe des lois contre la maltraitance animale, les taureaux disposent de l’exceptionnalité dans la plupart de communautés autonomes. En 2010, la Catalogne a adopté une loi qui interdisait les corridas et les spectacles incluant la mort d’animaux. En réponse, le gouvernement espagnol a adopté en 2013 une loi de protection de la culture, qui inclut la tauromachie. Pour cela, la loi adoptée en 2010 par le parlement catalan, qui a conduit à la fermeture de l’une des arènes les plus connues de Barcelone – La Monumental –, a été déclarée inconstitutionnelle en 2016. La société catalane a malgré tout rejeté cette mesure.

Dans une autre communauté espagnole, Castille-et-León, le gouvernement local a adopté en 2016 une loi modifiant le règlement des spectacles taurins, qui interdit la mort des animaux en présence d’un public, ce qui s’est traduit par l’interdiction du sacrifice dans la fête populaire du Toro de la Vega. Cet évènement suit une tendance des administrations d’essayer de limiter ces fêtes ou d’en retirer les subventions, comme c’est le cas de la mairie de Madrid. Toutefois, pour l’instant, rien ne mène à l’interdiction complète de la pratique, considérée comme anticonstitutionnelle.

En France, le Conseil Constitutionnel a retiré ces activités du patrimoine culturel immatériel en 2016. Il est cependant patent que la célébration de ce type d’évènements est beaucoup plus faible que dans le pays originaire des corridas.

Le débat persiste, la lutte continue. S’il existe des lois contre la maltraitance animale, pourquoi les taureaux doivent en être une exception ? Cette exceptionnalité devrait en tout cas les protéger au lieu de les tourmenter.

Confions aux nouvelles générations sociales et politiques un avenir sans torture.

 

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