International, Politique

Euromaidan : la force du peuple ukrainien

Depuis 2013, l’Ukraine vit immergée dans une grande crise. Les intentions de l’exécutif du pays de se rapprocher de l’Union européenne (UE) ont conduit à l’éclatement de manifestations et d’émeutes – connues sous l’appellation « Euromaidan » –, qui ont mené le pays à une guerre civile. La décision du gouvernement de ne pas signer un accord d’association avec l’UE, puis l’annonce d’un accord commercial avec la Russie, ont introduit ce dernier acteur dans le conflit.

L’accord d’association avec l’Union européenne était vu comme le cœur des aspirations nationales et civiques par suffisamment de personnes. Il prévoyait l’établissement de l’association politique et l’intégration économique, en remplaçant l’accord de coopération de l’époque entre l’UE et l’Ukraine, et donc l’élargissement des domaines d’action ainsi que l’aide aux réformes fondamentales en Ukraine, tels que la récupération économique.

À l’égard de cet accord, qui donnait de l’espoir à la majorité de la population ukrainienne touchée par les graves difficultés économiques et financières et par la corruption du pays, le président Viktor Ianoukovitch et le gouvernement pro-russe de Mykola Azarov changent d’avis et décident, au sommet de Vilnius du 28 et 29 novembre 2013, de ne pas signer l’accord européen. Cette décision découle de la pression reçue du Kremlin.

Ceci a été interprété comme un pas en arrière par la population, qui a été appelée à se manifester à travers la force des réseaux sociaux. Ces manifestations, composées au début par des journalistes et activistes civiques, ont réuni entre 50 000 et 200 000 partisans des politiques européennes à la place de l’indépendance de Kiev, le Maidan. Cet emplacement et le caractère européiste de ces manifestations sont à l’origine de la naissance de la dénomination « Euromaidan ». De ce fait, en quoi l’Euromaidan représente les ambitions de la population ukrainienne et quel a été son poids dans l’histoire du pays depuis 2013 ?

Entre Moscou et Bruxelles : un pas en avant, deux en arrière

Les négociations entre l’Ukraine et l’Union européenne pour arriver à un accord d’association ont commencé en 2007 et ont abouti en décembre 2011 avec le Sommet de l’UE-Ukraine.

Néanmoins, la lutte de pouvoir entre la Russie et l’Union européenne pour l’Ukraine a conduit cette dernière à la dérive. La Russie souhaitant maintenir l’Ukraine dans sa zone d’influence, et empêcher la possible présence de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) près de son territoire, elle lui a proposé d’adhérer à sa propre Union douanière, l’Union eurasiatique – une sorte de marché intérieur inspiré du modèle européen. Le Kremlin menaçait l’Ukraine de couper l’approvisionnement de gaz si elle n’adhérait pas cette union asiatique dont la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie en font déjà partie. La pression mise par Poutine a fait que le président Ianoukovitch a signé le traité asiatique.

Étant donné que la signature d’un accord n’était pas compatible avec la signature de l’autre, car ni Bruxelles ni Moscou n’y étaient intéressés, ce changement d’avis de Victor Ianoukovitch s’est traduit par des émeutes à la place de l’indépendance de Kiev, qui ont été comparées à plusieurs reprises avec la Révolution Orange de 2004. La seule différence entre les deux révolutions est qu’en 2004, Ianoukovitch était vu comme le héros qui devait éloigner l’Ukraine de la corruption et l’emmener vers l’Europe et le développement économique. Ces deux « révolutions » partagent le même scénario, le Maidan, et presque le même objectif, se rapprocher de l’Union européenne pour le progrès.

L’Euromaidan débute en novembre 2013. À partir de ce moment-là, tous les accords ont été suspendus. De nombreuses confrontations ont eu lieu contre la police, qui a utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades pour disperser les étudiants. Des centaines de milliers de personnes se sont concentrées au Maidan. La réaction du Parlement ukrainien sera l’adoption, le 16 janvier 2014, d’une loi qui limite les droits civils. De nouvelles manifestations ont alors lieu contre ladite loi et des activistes meurent des mains de la police. A ce moment-là, mi-février, la révolution violente commence sous les ordres d’Ianoukovitch : les confrontations entre manifestants et police laissent un bilan de dizaines de morts et centaines de blessés. Le peuple exige la démission d’Ianoukovitch. Le monument de Lénine aurait été fait tomber par les activistes, qui auraient crié que Ianoukovitch serait le prochain à être décapité.

Du côté de l’Union européenne, en février 2014, les ministres des affaires étrangères se réunissent afin d’analyser la situation en Ukraine et s’accordent sur l’application de sanctions aux personnes impliquées dans des actes violents et dans l’usage excessif de la force. En ce qui concerne Ianoukovitch, il signe un accord avec les membres de l’opposition qui visent la tenue des élections, la constitution d’un gouvernement d’unité nationale et la rédaction d’une nouvelle Constitution. Il quittera Kiev le 22 février 2014. Le conflit avec la Russie pour la Crimée éclatera alors. De nouvelles élections seront tenues le 12 mai 2014 et Petro Poroshenko sera élu président.

À l’égard du conflit avec la Russie, un accord de cessez-le-feu sera atteint en septembre à Minsk (Biélorussie). Bien que la Biélorussie soit le « grand petit frère » de la Russie, elle ne s’est pas mêlée à l’histoire ukrainienne et n’est pas intervenue, ni contre, ni pour, l’Euromaidan.

La force de l’Euromaidan : vers une nouvelle Ukraine qui fixe les yeux sur l’Europe

Au cours du deuxième trimestre de 2014, les dispositions politique et économique de l’accord d’association de l’UE et l’Ukraine ont été signées et ratifiées par le Parlement Ukrainien (Verzhovna Rada) et le Parlement européen. Maintenant que l’Ukraine a signé un accord avec l’UE, la Russie de Poutine en ce sens a stratégiquement perdu. De nombreux domaines d’action ont été adoptés au fur et à mesure, tels que la corruption et la coopération sectorielle en novembre 2014, ou encore le libre échange et le commerce en 2016. Cet accord est entré en vigueur en janvier 2016.

L’actuel président Petro Poroshenko a exprimé à de nombreuses occasions sa volonté d’intégrer l’espace Schengen. À cet égard, un accord a abouti entre les deux parties et, le 11 mai 2017, le règlement sur l’exemption de visa pour les citoyens ukrainiens se rendant dans l’UE pour une période de 90 jours sur 180 a été adopté.

La signature de cet accord pourrait être la conséquence directe des manifestations de la population ukrainienne pendant l’Euromaidan, qui ont compté avec le soutien de la majorité de la population du pays mais aussi de groupes de soutien à l’étranger. Le poids du peuple a été la clé. Sur le papier, la volonté de Poroshenko est aujourd’hui d’avancer sur ce chemin européiste.

La question à se poser maintenant est de savoir jusqu’où ces accords pourront arriver, et si la Russie permettra un élargissement de ceux-ci et une hypothétique adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.

 

 

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