International, Politique

Un système égyptien en mutation vers la démocratie

Depuis la révolution de janvier et février 2011, la population égyptienne semble prendre à cœur le destin politique de son pays, et cherche davantage de démocratie et moins d’autocratie.

La forte capacité de rassemblement populaire des Égyptiens contre le pouvoir

Cela a pu être observé à travers plusieurs phénomènes. Les doctorantes de Paris 1 et Paris 2, Caroline Barbary et Maria Adib Doss respectivement, expliquent que « si la révolution du 25 janvier 2011 a débuté par un appel à descendre dans la rue lancé par des groupes de jeunes, elle a également provoqué une dynamique politique au sein de la jeunesse égyptienne », qui perdure encore aujourd’hui. La volonté de changer le régime en profondeur demeure de ce fait très forte, en particulier chez les jeunes révolutionnaires, qui sont aussi activistes pour un nombre conséquent d’entre eux.

Les deux doctorantes ajoutent par ailleurs que « les groupes se construisent autour d’objectifs ponctuels et précis dans le contexte d’une transition marquée par l’instabilité, l’incertitude et les changements brutaux ». Aucune force en présence n’apparaît en passe de garder les rênes du pays très longtemps, les différents protagonistes de la vie politique post-révolution ayant des idéaux et des volontés divergentes sur la manière de diriger l’Egypte après la chute de son « monarque ».

L’exemple de Tamarrod montre bien que la population égyptienne, et en particulier la jeunesse du pays, n’hésite plus aujourd’hui à se soulever contre les personnalités au pouvoir ; ces derniers profitant de leur position pour diriger le pays d’une main de fer, sans se soucier du bien-être ou de l’avis de leurs concitoyens, et en asseyant une domination quasiment dictatoriale.

De fait, la campagne populaire Tamarrod a notamment pour but de mettre fin au blocage politique qui gangrène le pays. Plusieurs millions de signatures sont récoltées afin de destituer le président Mohamed Morsi, et de mettre en place un processus d’élections présidentielles anticipées pour désigner le remplaçant de ce dernier. Tout cela se déroule sous l’œil bienveillant de l’armée, et de ministre de la Défense d’alors, Al-Sissi.

Notons au passage que les membres fondateurs de Tamarrod sont eux-mêmes issus d’un autre mouvement, baptisé Kifâya. Les mouvements sociaux initiés par les jeunes égyptiens y trouvent leur origine, ou du moins une partie de leur origine. Car Kifâya est un mouvement relativement original qui cherche à participer à la vie politique sans avoir une logique partisane. Son influence sur les jeunes activistes, qui joueront un rôle primordial dans la révolution égyptienne, due principalement à sa forme de réseau et à son hétéroclisme, sont indéniables.

La médiatisation de la campagne Tamarrod et le nombre de signatures extrêmement important – avec plusieurs millions de signataires selon les estimations – permettent une adhésion de la part de la population, qui est primordiale pour lancer un mouvement de grande ampleur.

Les masses populaires se soulèvent le 30 juin 2013 suite à l’appel « de diverses organisations révolutionnaires, pour obtenir le départ des dirigeants du pays et un changement d’orientation politique, exprimé par le slogan « Pain, liberté et justice sociale », qui avait également dominé les manifestations du 25 janvier 2011 » comme le raconte le sociologue Clément Steuer. Du fait d’une démographie majoritairement jeune et davantage diplômée que par le passé, ainsi que d’un retour sur la scène politique nationale des luttes sociales, les mouvements révolutionnaires ont été facilités, et ont grandement mis en difficulté Hosni Moubarak puis les Frères musulmans.

Ces derniers, trop modérés et conservateurs pour les révolutionnaires, ont insuffisamment tenté de faire évoluer certains domaines institutionnels, ceux qui étaient présentés comme essentiels par les protagonistes déclencheurs de la révolution égyptienne, à savoir la justice sociale, de même que la réforme de l’appareil de sécurité notamment. Une force populaire égyptienne est donc présente, et est prête à manifester et mettre en place des grèves dans le but de se mobiliser pour faire valoir ses revendications issues de la révolution, avec notamment le respect des droits fondamentaux.

La formation de comités populaires à petite échelle comme une démonstration de la défense de ses droits par la société civile

Une certaine ouverture du débat populaire a pu progressivement voir le jour, assortie d’un activisme, qui est pour sa part particulièrement présent dans les zones urbaines, et ce afin de pallier les grandes faiblesses des pouvoirs publics dans certains quartiers.

De cette manière, une multitude de comités populaires vont se former, d’abord pour assurer une sécurité de base pour la population civile – l’insécurité ayant fortement progressé depuis quelques années. Par la suite, le domaine d’action de ces comités populaires va s’élargir, à la résolution des conflits ou encore la santé par exemple.

Par conséquent, selon l’analyse du géographe Roman Stadnicki, « les habitants disposent […] de nouveaux moyens d’action et de pression sur le gouvernement pour que leurs droits soient mieux reconnus. […] Les marchands ambulants du Caire ont par exemple créé, le 26 septembre 2012, l’Union indépendante des vendeurs de rue, afin de garantir les droits qu’ils ont acquis, en termes de présence dans l’espace public notamment, après la révolution ».

Un nombre croissant d’associations, environ une centaine aujourd’hui alors qu’il n’y en avait qu’une maigre vingtaine juste après la révolution, accueillant de nombreux membres issus de la société civile, cherchent à ce que ces droits soient respectés. Le but est que les attentes des populations concernées par ces associations soient prises en compte, et non pas laissées de côté comme le pouvoir le fait.

Ces organisations alternatives s’organisent progressivement, dans la suite de projets qui avaient commencés à voir le jour au début des années 2000, et sont soutenues par de nombreux pans de la société civile, parmi eux les activistes, les ONG, les experts, les enseignants, et bien évidemment les premiers concernés que sont les citoyens ordinaires. Ces infrastructures semblent même se politiser, dans la continuité de la révolution de 2011, qui a fait émerger une conscience politique à de nombreux acteurs souhaitant se sortir du régime autoritaire ancré en Egypte.

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