Portraits

Simone Veil, icône des femmes

Décédée le 30 juin 2017, Simone Veil restera dans les livres d’histoire contemporaine pour avoir survécu au Shoah, pour avoir été une référence en matière de féminisme, mais également la première femme à présider le Parlement européen. Certainement, la France et l’Europe ont perdu une grande figure politique du XXème siècle.

Être femme, sa meilleure fortune

Simone Veil, née Simone Jacob au sein d’une famille juive laïque, fut déportée par la Gestapo en 1944 à l’âge de 16 ans,  avec ses parents, son frère et ses deux sœurs. Elle a été envoyée à Auschwitz-Birkenau avec sa mère et l’une de ses sœurs, puis transférée au camp de Bergen-Belsen. Seules les trois sœurs ont survécu à cette atrocité, l’une des premières batailles auxquelles elle a dû faire face dans sa jeunesse.

Simone Veil a toujours refusé d’effacer son numéro de déportée, le 78651, tatoué sur son bras, car elle s’est donné pour but de raconter tout ce qu’elle avait vécu, pour que les générations futures n’oublient jamais : dès les trains pleins de moribonds et les exécutions à sa mise en liberté . Et elle a tenu parole jusqu’à la fin de ces jours, en tant que présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah jusqu’en 2007 –puis présidente d’honneur– et dirigeante du Fonds au profit des victimes, rattaché à la Cour pénale internationale.

Bien qu’elle ait été une icône du féminisme, elle a toujours rappelé que c’était grâce à sa condition de femme qu’elle a été sauvée de ces horreurs en 1945.

Une vie politique dédiée aux droits des femmes

Rentrée en France, elle obtient une Licence de droit, puis continue ses études à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Elle intégre la magistrature attachée à la direction de l’administration pénitentiaire du ministère de la Justice, et poursuit sa carrière en tant que secrétaire générale du Conseil Supérieur de cette magistrature.

En 1974, Jacques Chirac, alors premier ministre du président Valéry Giscard d’Estaing, propose à Simone Veil de diriger le ministère de la Santé. Ainsi, elle fait son entrée en politique et devient la première femme ministre d’État de la Vème République. C’est à ce moment qu’elle devient la « mère de toutes les Françaises » et de leurs droits, en promulguant la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), entrée en vigueur en 1975.

Jusqu’à ce moment-là, seule la pilule était légalisée et la contraception autorisée par la loi « Neuwirth », mais l’avortement restait interdit. Officieusement, plusieurs femmes avortaient dans la clandestinité, dans des conditions peu recommandables, s’exposant à des risques de poursuites pénales. Or, la loi connue sous le nom de « loi Veil » dépénalise désormais l’avortement et offre une réponse aux revendications de la société civile depuis la fin des années 1960.

Voilà une autre bataille parmi tous les combats qu’elle a surmonté au long de sa vie. Cette loi lui a valu de nombreuses menaces, mais également une grande popularité, pour le succès que cela signifiait mais également pour l’image qu’elle a transmise, celle d’une femme qui n’a pas cédé aux intimidations. Elle a également reçu  des critiques d’une grande partie de la société, en particulier de l’Église catholique mais aussi du culte judaïque.

Une carrière au regard sur l’Europe

Élue aux premières élections européennes en 1979, Simone Veil est devenue la première présidente du Parlement européen. Elle occupe ce poste de 1979 à 1982. Européiste convaincue, elle a demandé un « oui » au référendum sur la constitution européenne tenu en 2005. Ses actions à la tête de la chambre européenne et la projection qu’elle a fait des valeurs européennes lui ont valu de nombreux prix et hommages internationaux.

Même si elle a occupé des postes dans la sphère publique, comme l’ont ainsi fait de nombreuses femmes, elle a toujours revendiqué que la présence de la femme est encore minoritaire et qu’il reste encore un long chemin pour aboutir à la parité de la femme.

Une référence pour les Français

Suite à son expérience au Parlement européen, elle devient responsable du ministère des Affaires sociales, Santé et Ville, en 1993, sous le gouvernement d’Édouard Balladur. Elle a ensuite présidé l’Haut Conseil à l’Intégration, puis le Conseil Constitutionnel jusqu’à 2007. Simone Veil est entrée à l’Académie française en 2008.

Elle est également un symbole de par sa présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et pour son poste en tant que membre du conseil d’administration de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Des sondages l’ont désignée en 2014 comme personnalité féminine préférée des Français. Que l’on se considère de droite, de centre ou de gauche, Simone Veil reste une emblème de la lutte féminine.

Elle sera bientôt la cinquième femme à être panthéonisée, ce qui comportera l’entrée d’Antoine Veil au Panthéon en tant qu’époux. C’est la première fois qu’une femme permettra l’entrée de son mari dans cette emblématique nécropole. Des prémices qui font hommage à sa lutte.

Son histoire et son engagement pour la France l’ont placée dans le cœur des Français, pour toujours. Une femme exceptionnelle.

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