Paix et sécurité internationale, Politique

La lutte contre la drogue : une histoire raciste et inefficace

Dès la signature en 1970 par le président Richard Nixon du Controlled Substances Act (CSA), les États-Unis se sont engagés dans une lutte contre la drogue. En établissant cette loi, le gouvernement a tiré la première balle dans ce sanglant et inutile conflit. Des millions de personnes ont perdu leur travail, leur famille et leur vie à cause de cette guerre interminable. Cette violence sans fin est la cause d’une guerre paradoxale. Dans notre monde, il est impossible d’empêcher la vente d’un produit qui a de la demande. Même si les drogues sont illégales et mauvaises pour la santé, les populations vont continuer de les consommer. Par exemple, si on prend les cigarettes en France, on voit que même avec des paquets tout noirs avec des images dégueulasses, environ un tiers de la population fume. Il est facile de voir l’impact du gouvernement sur la consumation de tabac. En fait, on peut dire que les gouvernements français et américain ont connu des succès par rapport à la consommation de tabac. Cependant, avec la lutte contre les clopes les gouvernements ont pris le chemin de la régulation et non celui d’un traitement par la répression et l’emprisonnement.

L’un des plus grands problèmes de la lutte contre la drogue est le côté raciste et injuste. Selon Human Rights Watch, d’après des données du FBI pendant les années 1980-2007, malgré le fait que les afro-américains ne représentent que 13% de la population, ils constituent en moyenne 31% des arrestations pour des affaires de drogue. De plus, dans les années 80-90, juste après que le congrès ait approuvé le « Anti-Drug Use Act » qui a introduit des peines plancher, le pourcentage d’afro-américains emprisonnés a été de plus de 40%. À cause des peines obligatoires et des pratiques discriminatoires par la police, les États-Unis sont le pays à la plus grande population carcérale. Selon le Drug Policy Alliance, les USA, qui ne constituent que 5% de la population mondiale, représentent plus de 25% de la population carcérale.
Il existe beaucoup de preuves montrant que la lutte contre les drogues était un moyen d’emprisonner les afro-américains. Dans un entretien de John Ehrlichman en 1994, l’ancien conseiller pour les affaires intérieures de Nixon, la personne qui a commencé cette lutte, a dit franchement

 

“We knew we couldn’t make it illegal to be either against the war or black, but by getting the public to associate the hippies with marijuana and blacks with heroin, and then criminalizing both heavily, we could disrupt those communities. We could arrest their leaders, raid their homes, break up their meetings, and vilify them night after night on the evening news. Did we know we were lying about the drugs? Of course we did” John Ehrlichman

 

« On savait qu’on ne pouvait pas interdire d’être contre la guerre au Vietnam ni d’être noir, mais on a convaincu le public d’associer les hippies au cannabis et les noirs à l’héroïne, et en criminalisant lourdement les deux, on pouvait déranger ces communautés. On pouvait arrêter leurs chefs, perquisitionner leurs maisons, interrompre leurs réunions, et les diffamer chaque soir aux informations. Est-ce qu’on savait qu’on mentait sur les drogues [et qu’on a fait de la lutte contre les drogues une guerre alors qu’il ne s’agissait que d’un problème de société ?] Bien sûr » John Ehrlichman

 

Par ailleurs, le prix financier et humain de cette guerre a été énorme. Du côté administratif, le gouvernement a investi beaucoup de ressources. La « Drug Enforcement Agency » (DEA), chargée de l’exécution des lois sur la drogue, est l’une des plus grandes agences gouvernementales aux Etats-Unis. Le budget de la DEA, qui en ce moment reste de 2.03 milliards de dollars, a été augmenté chaque année après le commencement de cette lutte. De plus, cette agence emploie 5,000 officiers qui sont dotés d’un pouvoir extraordinaire. Dans le cadre social, la guerre contre les drogues a créé une classe de personnes piégées dans un cycle de pauvreté, de crimes et de chômage. En 2013, 50 pour cent de la population carcérale, c’est-à-dire 1 million d’américains, au niveau fédéral étaient en prison à cause de crimes ou délits liés à la drogue. Parmi cette population carcérale, 80% était emprisonnés simplement pour possession.

Nous avons donc une grande partie de la population qui est emprisonnée pour des crimes non-violents et qui, pour le reste de leurs vies, n’ont pas les mêmes accès aux services publics, au droit de vote, ni les mêmes possibilités de travail. Selon une étude de l’université de Pennsylvanie, personne en prison n’a en fait le droit de vote. De plus, 12 états ont des lois qui imposent des limites sur le droit de vote aux anciens détenus, et en Floride, Virginie, et Kentucky ils perdent le droit de vote pour le reste de leur vie. Dans le cadre de l’éducation et du travail, la situation pour les anciens détendus est encore pire. De plus en plus, les entreprises et les universités demandent que leurs candidats déclarent leur passé criminel et se réservent le droit de les refuser à cause de ça. Par conséquent, les anciens détenus n’ont pas le même accès au travail et doivent se contenter de professions peu qualifiées. D’ailleurs, 6 états interdisent totalement les professions du service public aux ex-prisonniers. En somme, il y a environ 1 million d’américains piégés dans un cycle interminable de pauvreté et de chômage à cause de cette guerre éternelle.

Cependant, les conséquences de cette lutte ne se limitent pas aux Etats-Unis, elles se ressentent dans le monde entier mais surtout en Amérique du Sud. Selon un reportage de « The Guardian » les Etats-Unis ont déjà dépensé plus de mille milliards de dollars en essayant d’arrêter le trafic de drogue en Amérique du Sud. Cette campagne contre les drogues a déjà couté les vies de 15,000 personnes en Colombie et plus de 100,000 au Mexique. La plupart de ces personnes sont des victimes qui ne font pas partie des cartels et ne sont pas des trafiquants de drogue. De plus, malgré cette grande campagne des Etats-Unis, l’usage des drogues aux States n’a pas diminué. En général, cette guerre est une force déstabilisante qui sape l’autorité des gouvernements en Amérique du Sud, parce qu’ils ne peuvent pas contrôler l’intervention du gouvernement Américain. Ils ont perdu leur souveraineté. Depuis les années 1980 l’Amérique du Sud a connu une guerre violente et sans fin, il est bien temps pour un changement.

Malgré toute l’histoire de cette guerre horrible, nous avons l’occasion de tout changer. Selon le centre de recherche PEW, depuis 2012, plus de 50% de la population américaine est en faveur de la légalisation du cannabis. De plus, 70% des personnes nées dans les années 80 et 90 et 66% des personnes nées dans les années 60 et 70 sont pour la légalisation. Avec la force de cette nouvelle opinion, les Etats-Unis pourraient finalement arrêter cette lutte. D’ailleurs, la légalisation du cannabis serait une solution pour la crise d’opioïdes aux Etats-Unis et une bonne opportunité fiscale. En ce moment, les lois sur les drogues existent pourtant dans un espace vague et contradictoire. Il y a un décalage entre le niveau fédéral et l’état. Au niveau fédéral, le cannabis fait partie du programme n°1 sur la drogue. C’est à dire que selon le gouvernement fédéral, il n’y a aucune utilité médicale, mais dans 26 états, le cannabis est légal pour un usage récréatif ou médical. Cette loi soulève beaucoup de questions par rapport au pouvoir. Par exemple, un magasin qui vend du cannabis en Californie est légal, mais si le gouvernement fédéral le décide, il peut faire arrêter tous ses clients et le faire fermer. Aux prochaines élections, ce problème va diviser encore les républicains et les démocrates.

En somme, la lutte contre la drogue a eu une histoire malheureuse. L’Amérique du sud à été dévastée. Deux millions d’américains ont été incarcérés. Et des billions de dollars ont disparu. Il est temps d’arrêter et de commencer à reconstruire une société qui regarde les drogues comme un problème social plutôt que comme une infraction criminelle.

 

Lucas Lytel — Tufts Université 2019

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