Éducation, Citoyenneté

“Un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant”

 

Thomas d’Ansembourg

Rencontre avec Thomas d’Ansembourg, psychothérapeute et formateur en Communication NonViolente (CNV), il propose depuis plus de vingt ans un travail de connaissance de soi, de démantèlement des pièges de l’ego, d’écoute et d’empathie permettant d’apprendre à mettre le meilleur de soi au service de tous.

 

  • Quel était votre plus grand rêve étant enfant ?

Je rêvais d’être un saltimbanque, de faire partie d’une troupe, de voyager à travers le monde pour faire rire les gens. J’ai toujours eu cette envie de répandre du positif autour de moi et d’aller à la rencontre des personnes; c’est d’ailleurs un peu ce que je fais aujourd’hui lors de mes conférences (rires). Je rêvais aussi d’élever des chevaux en Argentine; c’est la partie de moi qui a besoin d’espace et de liberté.

  • Au vu de votre tournant professionnel, comment est arrivée cette volonté de changement ?

Après avoir travaillé comme avocat  et comme conseiller juridique dans une entreprise internationale pendant plusieurs années, j’ai ressenti un ras-le-bol. J’en avais assez de ce rythme de vie infernal, de tant de pression. J’avais appris à défendre, à plaider mais pas à être. Sans parler de dépression, je pense que si j’avais continué, je n’aurai pas pu éviter le burn-out. Je savais que je n’étais pas à ma place, mais le tout était de savoir ce que je pouvais faire d’autre.

Parallèlement à mon activité, je m’étais engagé comme bénévole au sein d’une association venant en aide à des jeunes connaissant des problèmes de violence et de délinquance. De part mon travail, j’étais déjà intéressé dans la gestion des conflits. J’ai compris que la plupart d’entre eux naissent de malentendus et qu’ils sont le résultat d’un “mal-exprimé” et d’un “mal-écouté”. L’approche sociale m’a aidée dans la recherche de sens car j’ai réalisé que les comportements de ces jeunes sont l’expression d’un manque de compréhension de ce qui se passe en eux et de vocabulaire pour le formuler avec des mots plutôt qu’avec des coups ou par le repli sur soi.

Dans l’idée de comprendre cette difficulté d’être et cette violence, j’ai suivi une psychanalyse durant plusieurs années qui m’a permis de travailler sur moi et de prendre conscience du champs des possibles en s’extirpant des conditionnements éducatifs, des croyances, des habitudes et de me sentir Moi. Je suis ensuite moi-même devenu psychothérapeute, formateur en Communication NonViolente afin de pouvoir partager ces prises de conscience et d’accompagner d’autres personnes dans les « processus d’ouvertures de cœur et de conscience. »

  • Comment expliquer que vous ayez pu accéder à cette intériorité ? Est-ce une question de lucidité ? S’agit-il d’un éveil citoyen inévitable ?

Je pense que c’est le résultat d’un cheminement. J’ai ressenti le besoin de comprendre ces difficultés. La prise de conscience  ne se fait pas en un claquement de doigts, c’est pour cela que le travail sur soi est nécessaire afin d’accéder aux bases de qui nous sommes réellement. Pour cela, il est important de se poser la question : « Est-ce que ma façon d’être au monde incarne le rêve que j’ai pour le monde ? ». Si nous voulons changer le monde, il faut d’abord commencer par changer sa façon de penser. “Soit le changement que tu veux voir dans le monde” comme le disait si bien Gandhi. Si nous voulons atteindre une véritable libération personnelle et citoyenne, cet éveil est nécessaire.

  • Comment définir l’Éducation à la Paix ? L’intériorité citoyenne ?

L’éducation à la Paix c’est la pacification de soi. Et la Paix, c’est comme le foot ou le vélo, ça s’apprend ! On doit apprendre à communiquer de manière respectueuse, à exprimer ses sentiments, ses besoins sans accuser l’autre en permanence, à gérer les conflits de façon non-violente, à coopérer. Notre société nous apprend à gagner, à être compétitif mais pas à nous sentir bien. L’intériorité citoyenne en fait partie, c’est accéder à son Moi réel et mettre le meilleur de soi au service des autres pour participer à une société pacifiée. En apprenant à nous connaître en profondeur, nous devenons des citoyens plus créateurs et solidaires. Cela demande juste un peu d’apprentissage …

  • En quoi consistent les “processus d’ouvertures de cœur et de conscience” dont vous parlez ?

Ce sont les cheminements, liés au travail sur soi, qui nous permettent d’accéder à une pacification de soi-même et à une libération. La non-violence, l’intimité, ce n’est pas éviter le conflit, c’est sortir d’une vision du monde basée sur les rapports de force, qui nous a été inculquée depuis notre enfance. Je suis convaincu que la non-violence commence à l’intérieur de nous, et qu’il faut emprunter la difficile et inconfortable voie de l’intériorité si nous souhaitons répandre du positif dans notre entourage.

  • Depuis toutes ces années, sentez-vous un engouement pour ces pratiques ? Y a-t-il un intérêt politique ?

Bien évidemment. La Communication NonViolente qui existe depuis près de 50 ans a connu une réelle reconnaissance mondiale durant ces 20 dernières années. En tant que formateur, je suis moi-même de plus en plus sollicité par de grandes entreprises afin d’intervenir auprès d’équipes dans le but d’améliorer les relations. De plus, en donnant des conférences dans divers pays, je peux voir que l’intérêt est croissant. Par ailleurs, les rayons de livres sur le développement personnel dans les magasins sont aussi révélateurs d’une volonté de travail intérieur à la recherche d’un certain bien-être.

Il n’y a, malheureusement, toujours pas d’intérêt politique à ce sujet bien que les méthodes que mes collègues et moi défendons aient fait leurs preuves. En écrivant “La Paix ça s’apprend!” avec l’historien néerlandais David Van Reybrouck, nous espérions donner une visibilité politique mais il n’en est rien, ni en Belgique, ni en France. Seule la Hollande commence à émettre un intérêt.

  • Existe-t-il des outils concrets à la connaissance de soi ?

Bien entendu, la CNV en est un, tout comme la sophrologie, la pleine conscience, la méditation, la bienveillance, le yoga ou la psychanalyse par exemple. On peut plus facilement comprendre cela dans les ouvrages que j’ai pu écrire comme « Cessez d’être gentil, soyez vrai », “Du JE au NOUS – L’intériorité citoyenne: le meilleur de soi au service de tous”, ou encore “Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable”. J’aimerais que les gens comprennent que rien de tout cela n’est abstrait, ce sont de réelles méthodes à la portée de chacun.

  • Qu’est-ce qui vous fait le plus de peine dans la société actuelle ?

C’est le fait qu’il existe des outils performants et qu’ils ne soient ni utilisés ni reconnus par les institutions. Concernant les politiciens, qui eux seraient en mesure de faire connaître et de démocratiser ces outils, je pense qu’il s’agit plus d’une ignorance que d’une indifférence. Dans leur bulle, ils semblent imperméables à toutes propositions novatrices. Nous avons des clés qui pourraient atténuer véritablement bon nombre des maux de notre société et rien n’est fait au niveau institutionnel pour qu’elles soient mises en œuvre.

  • Quelles sont les grandes avancées qui vous paraissent fondamentalement positives?

Globalement je trouve qu’il y a une bascule des consciences, un intérêt citoyen grandissant pour une “ouverture de cœur”. C’est très encourageant quand on sait que des travaux scientifiques ont montré que lorsqu’un petit nombre d’individus atteint un certain niveau de conscience, celui ci se propage dans toute la communauté. On note dans la population mondiale l’émergence de “créatifs culturels”, c’est-à-dire  des personnes dont la pensée s’éloigne du mode dominant fondé sur l’individualisme et la pensée binaire.

  • Quel est à présent votre plus grand souhait ?

Je souhaite que les outils d’éducation à la Paix soient intégrés dans les programmes scolaires de nos enfants. Au même titre que les mathématiques ou la géographie, je souhaite qu’ils apprennent à être, à se connaître, à communiquer, à exprimer leurs émotions, leurs sentiments, à coopérer avec les autres. C’est un véritable enjeu pour espérer un changement sociétal global. Cette éducation doit commencer dès le plus jeune âge afin de former de futurs citoyens conscients d’eux-même et prêts à agir pour la société dans une volonté de paix. Plus simplement, je souhaite que l’hygiène psychique soit aussi bien considérée que l’hygiène physique. Je prends souvent cet exemple; il y a encore 50 ans en Belgique, une grande majorité des enfants de 10 ans étaient déjà édentés ! Aujourd’hui cela n’existe plus car des mesures ont été prises pour sensibiliser à l’hygiène du corps. Je souhaite que la même chose se produise pour l’hygiène de l’esprit, que l’on prenne conscience que l’on doit s’en occuper, en prendre soin de la même façon.

  • On vous connaît en tant qu’auteur, conférencier, thérapeute et même comédien; avez-vous d’autres projets ?

Effectivement j’aime la diversité, c’est aussi une façon de pouvoir toucher un maximum de personnes. Je souhaite toujours écrire des livres et l’un de mes projets serait de pouvoir participer à la réalisation d’un film sur la Communication NonViolente dans l’idée du film “Demain” de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

 

Pour en savoir plus…

– LA PAIX ÇA S’APPREND ! / Éditeur : Actes sud

– Du JE au NOUS – L’intériorité citoyenne: le meilleur de soi au service de tous. / Les Éditions de l’Homme

– Cessez d’être gentil, soyez vrai ! / Les Éditions de l’Homme

Site Internet :

http://www.thomasdansembourg.com

Lien Facebook :

http://www.facebook.com/pages/Thomas-dAnsembourg

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s