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L’Italie va-t-elle quitter la zone euro?

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Après que la crise financière de 2007-2008 ait déstabilisé plusieurs économies dans la zone euro, la stabilité de la monnaie unique a subi plusieurs crises, dont celle de la Grèce et maintenant l’Italie. Après les élections Italiennes de Mars 2018 dont les partis Movimento Cinque Stelle (M5S) et la Lega sont sortis vainqueurs, la possibilité d’une “Italexit”, soit une sortie de l’Italie de la monnaie unique, semble être renforcée. Même si la mini-crise autour de la question semble être passée, après la formation d’un gouvernement M5S-Lega et le nouveau Ministre de l’Economie déclarant que l’Italie ne quittera pas l’Euro, les énormes problèmes structurels de la zone euro et les problèmes financiers de l’Italie posent des risques pour l’avenir.

L’Italie et la Zone Euro

Réclamée comme une des étapes dans le projet Européen, la zone euro fut créée officiellement avec la conclusion du Traité de Maastricht en 1992. La zone euro est une coopération plutôt monétaire, la politique monétaire étant contrôlée par une institution au niveau Européen, la Banque Centrale Européenne, et les politiques fiscales restant toujours au niveau national, même même si celles-ci sont coordonnées à travers l’Eurogroupe. Le manque de politique fiscale au niveau Européen amène beaucoup de problèmes pour la zone euro, tous les pays menant leurs propres politiques fiscales. Depuis quelques années, plusieurs acteurs de l’économie et du monde politique, en Italie et ailleurs, réclament un “Italexit”, voire même une sortie totale de l’Italie de l’Union Européenne. Les problèmes économiques Italiens pèsent lourdement sur la zone euro: Actuellement, l’Italie est dotée d’une dette publique de €2.3 billions (2300 milliards), soit 132% du PIB. Même si le pays est capable de payer les intérêts, l’énorme dette publique pèse toujours sur toute la zone euro, et la dette affecte ainsi la croissance économique Italienne. Les voix réclamant une sortie de la zone euro se sont renforcées en Italie dans les dernières années, un mouvement qui fut possible considérant les tendances populistes du peuple Italien. Avec une forte stagnation et d’une faible croissance de l’économie, la puissance des sentiments populistes en Italie a culminé avec les dernières élections nationales du pays, en Mars 2018, dont le M5S a remporté 32% de votes et la Lega 17%, deux partis dirigés par des eurosceptiques réclamant une sortie de la zone Euro. Ces partis prétendent que beaucoup des problèmes liés à l’économie Italienne proviennent des réformes néo-libérales prises par l’Italie en entrant dans la zone euro et de la puissance de Bruxelles sur l’Italie. Selon eux, la seule manière d’augmenter la croissance économique et améliorer la vie des Italiens est de s’échapper du pouvoir de Bruxelles, en sortant de la zone euro sinon de l’Union Européenne. De l’autre côté, certains économistes veulent que l’Italie quitte l’euro, prétendant que le pays n’a pas les moyens d’augmenter sa croissance économique, réduire le taux de chômage, et diminuer le déficit et la dette publique, ce qui peut entraîner une véritable crise de la monnaie unique.

Le débat au sein du monde politique Italien s’est concentré majoritairement sur l’économie (et donc l’euro) ainsi que l’immigration. La formation d’un gouvernement fut empêché à cause des positions très différentes entre la coalition du centre-droit (formée par la Lega, Forza Italia de Silvio Berlusconi, et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, et les divisions au sein de la coalition) et le M5S, en apportant une véritable crise de gouvernance en Italie. Un premier mandat donné à Giuseppe Conte fut rejeté par le Président Sergio Mattarella, à cause du choix pour le Ministre de l’Economie et des Finances, Paolo Savona, une voix puissante réclamant la sortie de l’euro. Le deuxième mandat donné à Conte a réussi, formant un gouvernement avec Giovanni Tria, un professeur sans attache politique comme Ministre de l’Economie. Ce dernier a appelé au calme concernant l’euro et l’Union Européenne.

Problèmes à l’avenir?

Même si le nouveau gouvernement de Conte, incluant le nouveau Ministre de l’Intérieur Salvini et le Vice-Premier Ministre DiMaio, a rejeté toute question de quitter l’euro et l’UE, les graves problèmes structurels de l’Italie ainsi que dans la zone Euro posent des risques pour la stabilité de la monnaie unique, et donc la possibilité que l’Italie reste dans la zone. Salvini et DiMaio ont abandonné leur propos sur l’éventuelle sortie de la zone euro pour rassurer le Président Mattarella et pour mettre fin à la crise de la formation d’un gouvernement. Mais sûrement, on ne peut pas croire vraiment qu’ils ont tout d’un coup changé leurs positions sur la zone euro et l’Italie. Ils gardent tous deux un fort sentiment négatif contre non seulement l’euro, mais l’UE en général. La semaine dernière, le six eurodéputés de la Lega, et les 14 du M5S, ont voté en faveur d’un document au Parlement Européen visant à donner plus de ressources financières aux pays qui sont en train de penser quitter la zone euro, même si la mesure a échoué au vote final. Ceci montre qu’au sein de la Lega et du M5S, les sentiments anti-euro et anti-Europe restent très forts. Pourtant, le gouvernement du Conte a montré des bons signes récemment concernant l’économie Italienne, la croissance économique, et l’euro. Même si des mesures détaillées ne sont pas encore sorties, le Ministre de l’Economie Tria a signalé, dans les derniers jours, que les buts économiques de l’Italie seront de couper le ratio dette/PIB sans utiliser un niveau élevé de dépenses publiques, à travers des “réformes structurelles” dont le pays avait besoin depuis plusieurs années. A travers ces réformes (l’une d’elles pourrait être dans le domaine bancaire, et une autre pour la lutte contre les actifs cachés des Italiens à l’étranger), le but serait d’augmenter les emplois et la croissance économique, ainsi que d’attirer plus d’investissements. M. Tria avait dit ainsi qu’il n’y a aucune discussion au sein du gouvernement sur la sortie de la zone euro. Pour l’avenir proche, il semble donc que l’Italie restera dans la zone euro, aidée aussi par le fait que les Italiens préféreraient garder leurs actifs en euros plutôt qu’en Lira, et sachant que quitter la zone euro serait un long processus impliquant un changement de constitution et l’organisation d’un référendum. Ceci dit, si l’Italie ne met pas en place les réformes nécessaires pour cesser le déficit et la dette et augmenter la croissance économique, dans les années à venir, la stabilité économique Italienne sera menacée, et donc la possibilité qu’elle reste dans l’euro.

Il faut aussi regarder la stabilité de la zone euro dans son ensemble. Pour que la zone maintienne sa stabilité dans l’avenir, les réformes Italiennes doivent être couplées avec des réformes structurelles dans la zone. C’est le plus gros problème, les dirigeants des deux plus grandes puissances économiques de la zone, la France et l’Allemagne, ayant des positions divergentes concernant l’avenir de l’euro. Par exemple, le Président Français Emmanuel Macron veut créer un fond d’investissement de la zone euro, afin de l’utiliser pour soutenir les pays luttant avec des problèmes financiers en leur donnant une stimulation fiscale. Angela Merkel, la Chancelière Allemande, soutient elle-même la création d’un tel fond, mais avec le but d’utiliser ses ressources pour soutenir la technologie et l’innovation dans les pays ayant peu de problèmes financiers. En outre, M. Macron veut élargir le mandat de la Banque Centrale Européenne, créer un poste de Ministre des Finances Européen, et plus généralement, intégrer davantage la zone euro en donnant plus de pouvoir aux autorités supranationales que nationales. Merkel, de son côté, doute des propos de Macron, voulant garder le pouvoir national Allemand plutôt que plus d’autorité au niveau Européen. Une chose est sûre: la zone euro a besoin de réformes structurelles, au niveau supranational et au niveau national, si elle veut espérer maintenir sa stabilité.

-Marcello deLesdernier, State University of New York at Cortland

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